Rien ne m'irrite plus que l'expression " charges
sociales ". Pour les partisans de l'ultra libéralisme tout ce
qui ne va pas à la finance est une charge. En fait c'est tout simplement
une partie du salaire qui est socialisée. Lorsqu'un employeur ne verse
pas cette partie aux caisses de recouvrement, c'est de même nature que
le non-paiement du salaire direct.
Les libéraux ne comptent pas pour des charges les prélèvements
financiers qui pourtant parasitent l'économie. Déjà Robespierre
disait des auteurs de la théorie du libéralisme : " Ils
ont plus disserté sur le commerce des grains que sur la subsistance
du peuple. Ils ont compté pour beaucoup les profits des négociants
ou des propriétaires, la vie des hommes à peu près pour
rien ". On ne peut pas dire que leurs successeurs aient vraiment changé.
Le "
problème " du financement des retraites est avant tout un choix
de société. Le choix de l'être humain contre la finance.
On ne comprendrait pas l'offensive contre la protection sociale si on perdait
un instant de vue que la Sécurité Sociale était une conquête
contre les libéraux que ceux-ci n'ont eu de cesse de remettre en cause
depuis sa création. En effet, dès 1948, le CNPF soutient que
" la Sécurité Sociale met en danger l'économie du
pays " ; en 1949 Paul Reynaud, président du conseil, dénonce
" la charge excessive des cotisations sociales qui rend notre situation
économique intenable ". Leur discours est toujours le même.
Le rapport des forces politiques n'est plus celui de 1945 et les adversaires
de notre système de protection sociale se croient tout permis.
On peut se poser les questions suivantes : pourquoi l'entreprise, lieu de
la création de richesse, devrait-elle se désintéresser
de la vie des salariés après le travail ? Pourquoi le travail
contraint qui a des effets négatifs sur la santé des salariés
ne devrait-il pas être source de bien être ? En vertu de quelle
loi ? Et la démocratie ?
Les salariés qui sont la majorité dans notre pays devraient-ils
se laisser déposséder de la décision en matière
de niveau de retraite par des gens, qui eux, n'ont pas de soucis à
se faire ? Certainement pas !
Il est impératif qu'ils interviennent dans le débat, par exemple
sur la part des richesses qui doit leur revenir.
De même qu'ils doivent se réapproprier la gestion des caisses
de Sécurité Sociale. Un salarié accepterait-il que son
employeur gère son salaire direct ? Certainement pas, alors pourquoi
accepter la présence du patronat à part égale avec les
représentants des salariés dans les organismes qui gèrent
la protection sociale ?
Les ordonnances de 1967 ont supprimé les élections d'administrateurs
de caisses, instaurant le paritarisme. Remises en place en 1983 avec une majorité
aux salariés, puis supprimées de fait en 1989, le plan Juppé
entérinant cette situation avec un retour au paritarisme. Qu'aurait-on
entendu si dans un autre pays on avait supprimé des élections
!
Les salariés doivent se réapproprier la gestion des caisses,
ils n'ont pas besoin du patronat qui au passage verrait d'un mauvais il
que l'on s'occupe de la gestion des entreprises
et pourtant, si on s'en
mêlait ?