http://www.les-gueux.org

Sommaire du numéro spécial "Contre la précarisation"

Exclusion sociale et modèle anglo-saxon

Quelques réflexions méthodologiques et pratiques.

S'il est évidemment hors de question de rechercher dans la diffusion internationale du modèle anglo-saxon le bouc-émissaire à tous nos maux en général et de l'exclusion sociale en particulier, il n'en reste pas moins nécessaire d'aborder la question de l'impact réel dans ce domaine de cette dynamique économique aux effets rentiers et mondiaux si prégnants en cette fin de vingtième siècle. En observant ce qui s'est passé aussi bien sur les plans historique, sociologique, économique voire intellectuel et idéologique dans ces deux pays séparés par la même langue que sont les Etats-Unis d'Amérique et la Grande-Bretagne, on pourra alors repérer à l'état pratiquement " chimiquement pur " les forces fondamentales qui déterminent le cours des choses et des événements. Ainsi en matière de périodisation historique, on peut voir le passage aux Etats-Unis d'un type de régulation fordien à celui inspiré par le retour du " capitalisme sauvage ", où la dictature des intérêts des créanciers prime sur tout autre aspect. Outre les conséquences en matière d'emplois que ce changement de paradigme implique, il est par conséquent absolument nécessaire d'étudier comment un capital financier de type nouveau a pu ainsi se constituer et " faire main basse sur la ville " en quelque sorte. Sur ce plan et sans entrer plus avant dans les détails, il nous semble important de voir que la revendication principale des intérêts rentiers se trouve concentrée dans l'exigence de mobilité totale du capital, et ce aussi bien à l'échelle nationale qu'internationale. Il est donc fondamental que les forces progressistes comblent l'important retard en matière d'analyse du capital financier anglo-saxon, par suite de ces tendances hégémoniques mondiales et de sa dynamique propre de polarisation sociale croissante. Un autre aspect très important est de montrer que la domination actuelle du capitalisme anglo-saxon n'aurait jamais pu avoir l'impact actuel sans être relayée par de puissants relais intellectuels. Pour reprendre la formule d'Antonio Gramsci, dont on appréciera l'actualité en ces temps de lutte contre la pensée unique : " La gauche n'a pas compris que lorsqu'on possède l'hégémonie culturelle - la tête des gens - les mesures politiques viennent toutes seules. Il faut donc recréer une autre culture avec des moyens forts de diffusion pour lutter contre la pensée unique "… Or dans ce domaine, la force de la pénétration du modèle anglo-saxon repose à notre sens sur deux piliers, à savoir la puissance pécuniaire et matérielle des think tanks de toutes sortes et d'autre part sur la diffusion insidieuse et à prétention scientifique de l'individualisme méthodologique dans les sciences sociales. C'est ce vaste chantier que je tenterai d'aborder dans ma contribution.

Richard FARNETTI,
Angliciste, économiste,
Université Paris