Laïcité et tradition forment une dialectique présente dans la société humaine depuis ses débuts. L'action laïque, qui ne tient pas compte de l'aspect religieux, s'est développée en Europe depuis le siècle des Lumières, sous l'impulsion de Descartes et Spinoza. Se propage ainsi la pensée analytique, phénoménologique qui règne en maître dans nos centres de recherches et universités ; privilégiant le comment des choses et des réactions avant le pourquoi. Ce raisonnement se trouve conforté par la théorie de Darwin sur l'évolution (enseignée actuellement non comme une théorie mais comme un principe fondamental) qui tente de démontrer une relation évolutionniste et continuelle entre la cellule originelle et l'être complexe, avec une adaptation au milieu, ayant toujours pour finalité le mieux, le meilleur. Parallèlement à cette doctrine apparaissent des phylosophies (idéologies) politiques, purement humanistes et qui tenteront d'apporter à l'homme de meilleures conditions de vie (socialisme et communisme). En France, en 1871, la fracture est définitivement scellée entre laïcité et mouvements confessionnels par la loi de séparation des Eglises et de l'Etat.
La
tradition, si elle englobe le monde de la foi avec ses révélations,
n'est pas que foi, et n'entretient pas de relations privilégiées
avec la pratique religieuse, qui sera toujours une liberté et un choix
individuels. Elle se définit aussi par une pensée globale, synthétique,
qui s'intéresse autant aux buts qu'aux causes des manifestations, au
pourquoi des choses, à une finalité de la création. Sur
ces bases, la phylosophie traditionnelle fait resurgir à la surface
du raisonnement des données eschatologiques comme la loi des cycles,
astrologie traditionnelle, involution, grandes civilisations, connaissances
disparues et redécouvertes, mythes et légendes, cosmogonie
toutes en relation avec le sort ultime de l'homme et de l'univers. Quant à
la caducité des textes traditionnels avancée par quelques uns,
les découvertes archéologiques, physiques (fondamentale et des
particules) et autres apportent un démenti sans concession à
de telles assertions.
Depuis plus de trois siècles, l'histoire nous montre une laïcité toute conquérante envahir haute administration et gouvernement en s'appuyant sur un enseignement tout dévoué à sa cause. Pour quel résultat ? 75% des Français sont devenus matérialistes et avides. Faut-il s'en étonner ? Jean Phaure, dans le cycle de l'humanité Adamique (page 449) répond : "On voit aujourd'hui l'enseignement envahi par d'étranges méthodes nommées lecture globale, mathématiques modernes, nouvelle pédagogie du français et qui ont pour effet visible autant qu'accéléré de faire baisser d'années en années le niveau des études et d'y introduire l'anarchie : plus de discipline, suppression de l'orthographe et de la grammaire, abandon des références aux auteurs classiques, priorité absolue de la langue orale sur la langue écrite On nous "élève" d'ores et déjà de parfaits petits barbares, et cela avec le plus complet cynisme. On a entendu en 1972 lors d'une séance de travail de la commission de réforme du rapport Rouchette M. Pierre Barberis déclarer : "Il y a là une révolution qui va loin et suppose l'exacte inversion des rapports humains de notre société" Ces paroles prononcées en 1972 étaient-elles prophétiques ?".
Certains sages et phylosophes éclairés reconnaissent dans cette inversion générale une des phases finales de nos sociétés ! La majorité du peuple soupire, sans agir, devant cette liquéfaction dont il est en partie responsable ! tant la démission des parents est flagrante. Elisabeth Borione, dans l'Université française n°59, rajoute que celle-ci n'est pas la seule, il faut y ajouter celle des professeurs et de l'université, des autorités civiles et religieuses.
En réalité, le pouvoir laïc fait de l'argent le but avoué de toute l'activité humaine, le seul critère de distinction et de hiérarchie sociale. Avec le dogme de l'égalité comme support, elle a essayé de "créer" un homme standard dans ses modes de consommation, de culture, d'éducation voué par avance à l'échec. Jean Servier, dans L'homme et l'invisible (1964, page 348) montre "que l'ouvrier a pour objectif de se procurer la voiture, le logement, la machine à laver qui feront de lui un membre de la classe sociale théoriquement honnie : la bourgeoisie. Les industriels ont compris que leur meilleur acheteur était leur ouvrier. Le travailleur a donc cessé d'être un prolétaire, il continue à produire, mais travaille pour acheter ce qu'il produit ". Cette société laïque, soumise au pouvoir de l'argent, a engendré indifférence et égoïsme à un point tel que l'on peut actuellement, dans notre société, mourir dans son appartement, y être torturé ou maltraité, sans une quelconque réaction du voisinage. Et Jean Phaure "La notion de justice n'est véritablement invoquée que lors de malheurs individuels"
La question qui se pose maintenant est de savoir où sont passées les valeurs qui ont fait la force du modèle laïc social français. Toute personne honnête de cur reconnaîtra que c'est dans le partage et la solidarité que s'est construite notre société actuelle. Elle dut attendre les années d'après-guerre pour commencer à recueillir les fruits d'acquis sociaux gagnés le plus souvent dans une lutte des classes impitoyable. Combien de générations ont pu bénéficier pleinement de ces fruits ? Trop peu, répondrons-nous !
Partage, solidarité, justice sont des valeurs chrétiennes traditionnelles. C'est en empruntant et en adaptant celle-ci que le monde laïque réussit enfin à bâtir une société plus juste pour tous, protégeant les plus faibles. Abandonner une telle voie, c'est prendre le risque d'un cataclysme inéluctable. L'homme est un composé. Chaque individu est différent de l'autre. C'est en acceptant et en intégrant ces différences que celui-ci grandit en sagesse. C'est en intégrant les différences que la société française est devenu un modèle dans le monde. Se sera en intégrant laïcité et tradition dans un même bloc de valeurs morales que notre société s'assurera la prospérité nécessaire pour un juste équilibre social. Pour terminer, je ne peux m'empêcher de citer, guise d'avertissement, un texte d'Albert Slosman (La grande hypothèse, Laffont, 1982, page 191) : " siècle après siècle, millénaire après millénaire, dynastie après dynastie, qu'elles aient été memphites, thébaines, saïtiques, éthiopienne, hycksos ou ptolémaïques, seule l'Egypte survécut tant que le culte de Ptah (dieu, le Potier) symbolisa le pays en même temps que sa création, qui provenait du créateur unique de tout ce qui s'y trouvait. Cette indestructibilité dura le temps de la croyance monothéiste. C'est la démonstration évidente de l'histoire de l'Egypte qui prouve, si besoin est, que les civilisations les plus avancées meurent de leur impiété avant toute autre considération".
Puissions-nous, laïques et croyants, nous souvenir de cet avertissement.
Christian Perrin