Le mot "laïcité", apparu en 1871, désigne un concept spécifique à la France. L'idée de séparation des pouvoirs politique et religieux existait déjà bien avant.
La laïcité permet à l'individu de devenir citoyen, en réponse aux pratiques absolutistes de certains rois et au pouvoir religieux catholique qui sévissait sur ce qui représente les fonctions principales de l'Etat (enseignement, état civil, justice, lien social). La laïcisation de la France a commencé grâce à la loi libérale présentée par Jaurès et Briand et adoptée le 09/12/1905. Cette loi comporte des articles garantissant à chacun la liberté de conscience, reconnaissant ainsi les libertés de pratiques religieuses. Ces textes fondamentaux sont toujours en vigueur. Il existe donc en France tout un arsenal juridique au service de l'Etat laïque. En conséquence les manquements à ces règles de droit public sont condamnables au même titre que n'importe quelle autre infraction relevant de l'ordre public.
La laïcité tolère toutes les religions, les plaçant ainsi sur un pied d'égalité ; il en est de même à l'égard des agnostiques et des athées. Cette égalité, agrémentée d'autonomie rigoureuse, dissipe les rivalités. Elle aurait pu empêcher les massacres de la récente guerre yougoslave et les blessures de tous ordres qui en résultèrent. La tolérance se donne le pouvoir d'autoriser l'exercice de sa spiritualité. Par contre, la laïcité devient intolérante et cultive son pouvoir d'empêcher, face aux excès du "religionisme" qui fait de la religion, divine ou séculaire, une fin, un passage obligé pour le salut de l'homme. Ce n'est plus le résultat d'un choix délibéré, c'est un leurre ou une contrainte. Ce fanatisme conduit à l'intégrisme, et au pire.
Ces préoccupations culturelles relatives aux relations humaines et à leur amélioration se développent en même temps que l'économie. Or, aujourd'hui, la compétition est le maître-mot, elle justifie une politique et devient le dogme de la "pensée unique". Dans la bataille, la société produit des chômeurs, véritable vagabonds de l'humanité, "ce poids inutile de la terre" cité, en révolte, par Robert Castel. Pour ces infortunés, la laïcité a disparu.
La laïcité favorise la pratique, et même l'invention des libertés, ce qui permet le choix. Sans cesse, nous cheminons sur la crête des deux versants que sont les droits et les devoirs de chaque citoyen. La laïcité exige notre vigilance, à tout moment.
Il n'y a pas accès à la laïcité sans l'existence de l'institution Ecole où se dispense l'instruction, la transmission des savoirs, au service de l'éducation à la citoyenneté. L'Ecole publique laïque a pour ambition de former des citoyens détachés des idéologies et des croyances, et conscients de leurs passions. La laïcité naît de la responsabilité qui soutient ce qui grandit.
La laïcité ne s'arrête pas au champ scolaire, même s'il suscite de nombreuses convoitises. Les humains grandissent, la société évolue. Nous voici entrés dans la mondialisation où les pluralités culturelles et cultuelle auront à coexister. Plus près de nous, la construction de l'Europe est en marche. Des choix sont à faire. L'avenir de l'humain lui appartient, ce qui écarte la confidence des décisions importantes fussent inspirées d'une autorité divine, ou déifiée. La laïcité a encore de beaux jours devant elle !
L.Bouchard, pour la Fédération des uvres Laïques de l'Isère