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Sommaire numéro 4, juin, juillet, août 1997. Laïcité

De la laïcité ouverte au retour du cléricalisme conquérant

Après avoir lié son sort à la vaine tentative de restauration de l'Ancien Régime contre la Révolution française, le Vatican a opéré un premier tournant à la fin du XIX° siècle en "se ralliant" à la République et en promouvant une doctrine sociale (Rerum Novarum). Ce ralliement à la bourgeoisie deviendra effectif dans la Première Guerre mondiale et culminera sous le régime de Vichy. Pour tenter de faire oublier son passé collaborationniste avec Pétain et les Nazis, l'Eglise engagera des expériences de pénétration dans le mouvement ouvrier et dans les associations laïques. En 1959, c'est l'abbé Jacques Bur, docteur en théologie, qui écrira un livre intitulé Laïcité ouvert. A la laïcité-séparation des Eglises et de l'École et de l'Etat, il fallait, pour les cléricaux, substituer une laïcité-participation des Eglises à l'École et à l'Etat. C'était le pluralisme religieux à l'intérieur du service public, contre l'interdiction du prosélytisme cultuel à l'intérieur de l'Etat. Cet ouvrage fondamental recevra le Nihil Obstat le 25 mai 1959 et l'Imprimatur final le 31 mai 1959.

Comprenant que la gauche finirait par accéder au pouvoir, un jour ou l'autre, l'Eglise organise de grandes manœuvres. L'infiltration des militants de l'Action catholique dans le mouvement ouvrier et laïque ne donnant pas les résultats escompté, elle décide de transformer son instrument social, la CFTC, en CFDT, en 1964, pour s'affubler d'un masque. Avec cet outil, elle entre dans le CNAL en 1972, puis ses militants entrent en masse dans le parti d'Epinay, en 1974, et aident à la subversion de ce qui restait de l'ancienne SFIO. Quand François Mitterand, au bout de sa troisième tentative, se fit élire président de la Vème République, l'Eglise catholique n'avait plus rien à craindre. Il suffira de constater le bilan désastreux de la gauche au pouvoir, en matière d'atteintes à la laïcité, pour s'en convaincre. La gauche au pouvoir avait fait plus, pour l'Eglise, que ce que la droite avait osé faire en plus longtemps.

Si l'Eglise n'avait rien à craindre de ce pouvoir là, il n'en était pas de même de ceux qui avaient voté pour porter ce gouvernement au pouvoir. Aussi, l'Eglise, prudente, est obligée de camoufler sa politique cléricale pour mieux faire passer ses orientations. Elle se proclame alors "démocratique, républicaine, laïque et tolérante" . Elle nomme évêque d'Evreux, en 1982, Jacques Gaillot, dont les sympathies politiques sont de notoriété publique. L'Eglise avance masquée.

Quand la droite reprend le pouvoir en 1993, visiblement pour longtemps, l'Eglise jette son faux-nez et reprend ouvertement son visage de toujours. Elle exige la modification de l'article 69 de la loi Falloux et renvoie de son diocèse Jacques Gaillot, en 1994, car il ne lui sert plus à rien. Ce tournant tactique s'opère aussi internationalement. D'un seul coup, après s'être proclamé "champion des droits de l'homme", Jean-Paul II publie encyclique sur encyclique, pour rappeler à ses fidèles le message réactionnaire et conservateur de toujours du Vatican. Il appelle les catholiques à la désobéissance civique contre les lois, votées démocratiquement, qui ne sont pas conforme aux dogmes catholiques. Il fait commémorer en grande pompe l'annonce de la première croisade par le moine frénétique Pierre L'Ermite, et prépare des fastes grandioses pour les anniversaires du baptême de Clovis et de la mort de Saint Martin. Il appelle à "la seconde évangélisation de l'Europe" qui résonne comme la nouvelle croisade pour l'Europe cléricale. Le Vatican se prépare à l'affrontement avec les Lumières et la société qu'elles ont fondées. Il faut continuer à œuvrer à la reconstruction du mouvement laïque, c'est la tâche de l'heure.

Christian Eyschen