La laïcité
Tout au long de notre carrière nous avons défendu
naturellement l'idée d'une école publique et laïque. Ecole
qui doit être une priorité politique pour les élus car
la liberté et la citoyenneté ne s'apprennent pas dans "la
ségrégation sociale ou religieuse".
A chaque tentative d'ouvrir une brèche pour y introduire des concepts
libéraux et productivistes nous avons été là pour
défendre l'école publique qui accueille tous les enfants dans
le respect de leurs différences.
Nous avons voulu une école humaniste qui n'enferme pas chacun dans
une communauté définie par l'origine sociale ou la religion
des parents, voire l'origine ethnique.
Laïcité et état libéral
L'alternative est de transformer la société en une juxtaposition
de communautés concurrentes.
Nous sommes en train de vivre la mise en place de cette "modernité":
Les tenants de cette modernité sont en train de démembrer le
pays en communautés variées, qui, par leur existence et leur
nombre prouvent le leitmotiv actuel : "moins d'état = plus de
liberté":
Or l'état c'est "nous" et donc moins d'état c'est
au fond moins de démocratie. Moins d'état, ce serait plus de
droits à la différence. De fait, c'est plus de ségrégation
et de ghettos (immigration, exclus, retour aux valeurs sexistes, etc.).
C'est aussi l'éducation nationale qui passe peu à peu sous le
contrôle des caciques locaux, comme au bon vieux temps.
C'est donc une drôle de modernité qui décentralise à
tout va en faisant naître des féodalités, en fertilisant
le terreau des sectes, en délimitant des zones où la loi ne
s'applique pas (zones franches ou bien zones tout court).
Or il se trouve que nous venons de vivre un épisode révélateur
de l'état d'esprit actuel.
Un maire a pris la décision de ne pas tenir compte des lois qui régissent
l'école afin de pouvoir "autoriser" le catéchisme
dans l'école en dehors des heures scolaires. Et ce, au nom de la "tolérance
la plus exigeante".
Au nom de cette "tolérance", il a désaffecté
purement et simplement une salle scolaire malgré l'avis défavorable
de l'Académie et de la préfecture. Elle faisait pourtant partie
intégrante du fonctionnement de l'école : vestiaires, salle
d'arts plastiques, de travaux manuels, informatique, point d'eau, téléphone,
etc.
Nous avons passé deux mois à éplucher les lois, à
écrire pour alerter notre administration, à téléphoner,
à se réunir, à perdre un temps précieux dans notre
métier, pour une affaire qui n'aurait pas existé il y a quelques
années.
Ce maire a fini par "modifier" (difficilement) son arrêté.
II pensait qu'étant le principal bailleur de fonds de l'école
publique, depuis la décentralisation, il pouvait en contrepartie s'autoriser
quelques libertés avec la loi. II estimait que la religion catholique
était profondément inscrite dans la tradition locale et qu'il
fallait s'en accommoder.
Or, nous le sentons, nous ne pouvons pas laisser la porte de nos écoles
ouverte à un quelconque intérêt privé ou particulier,
qu'il soit religieux ou commercial, sous peine de voir la communauté
scolaire et sociale tiraillée en permanence par ces luttes d'influence.
POUR LE PAS
SERGE MARTINEZ