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Sommaire numéro 4, juin, juillet, août 1997. Laïcité

Laval le 17 mai 1997

La laïcité

Tout au long de notre carrière nous avons défendu naturellement l'idée d'une école publique et laïque. Ecole qui doit être une priorité politique pour les élus car la liberté et la citoyenneté ne s'apprennent pas dans "la ségrégation sociale ou religieuse".
A chaque tentative d'ouvrir une brèche pour y introduire des concepts libéraux et productivistes nous avons été là pour défendre l'école publique qui accueille tous les enfants dans le respect de leurs différences.
Nous avons voulu une école humaniste qui n'enferme pas chacun dans une communauté définie par l'origine sociale ou la religion des parents, voire l'origine ethnique.
Laïcité et état libéral
L'alternative est de transformer la société en une juxtaposition de communautés concurrentes.
Nous sommes en train de vivre la mise en place de cette "modernité": Les tenants de cette modernité sont en train de démembrer le pays en communautés variées, qui, par leur existence et leur nombre prouvent le leitmotiv actuel : "moins d'état = plus de liberté":
Or l'état c'est "nous" et donc moins d'état c'est au fond moins de démocratie. Moins d'état, ce serait plus de droits à la différence. De fait, c'est plus de ségrégation et de ghettos (immigration, exclus, retour aux valeurs sexistes, etc.).
C'est aussi l'éducation nationale qui passe peu à peu sous le contrôle des caciques locaux, comme au bon vieux temps.
C'est donc une drôle de modernité qui décentralise à tout va en faisant naître des féodalités, en fertilisant le terreau des sectes, en délimitant des zones où la loi ne s'applique pas (zones franches ou bien zones tout court).
Or il se trouve que nous venons de vivre un épisode révélateur de l'état d'esprit actuel.
Un maire a pris la décision de ne pas tenir compte des lois qui régissent l'école afin de pouvoir "autoriser" le catéchisme dans l'école en dehors des heures scolaires. Et ce, au nom de la "tolérance la plus exigeante".
Au nom de cette "tolérance", il a désaffecté purement et simplement une salle scolaire malgré l'avis défavorable de l'Académie et de la préfecture. Elle faisait pourtant partie intégrante du fonctionnement de l'école : vestiaires, salle d'arts plastiques, de travaux manuels, informatique, point d'eau, téléphone, etc.
Nous avons passé deux mois à éplucher les lois, à écrire pour alerter notre administration, à téléphoner, à se réunir, à perdre un temps précieux dans notre métier, pour une affaire qui n'aurait pas existé il y a quelques années.
Ce maire a fini par "modifier" (difficilement) son arrêté. II pensait qu'étant le principal bailleur de fonds de l'école publique, depuis la décentralisation, il pouvait en contrepartie s'autoriser quelques libertés avec la loi. II estimait que la religion catholique était profondément inscrite dans la tradition locale et qu'il fallait s'en accommoder.
Or, nous le sentons, nous ne pouvons pas laisser la porte de nos écoles ouverte à un quelconque intérêt privé ou particulier, qu'il soit religieux ou commercial, sous peine de voir la communauté scolaire et sociale tiraillée en permanence par ces luttes d'influence.

POUR LE PAS
SERGE MARTINEZ