Lorsque la tribune les gueux a proposé la laïcité comme thème de débat, j'ai eu la crainte en premier lieu que cette discussion ne se fonde que face à la montée de l'intégrisme islamique. J'ai eu la crainte ensuite qu'elle ne se cantonne à une vision de l'église/institution et de son piètre visage : Opus Deï, commandos anti-IVG et autres fachos. J'ai eu la crainte enfin que les plus "laïcs" oublient que leur démarche propose toute une conception de la famille, du pouvoir, des rapports sociaux ainsi que de l'histoire ou de l'Etat. Donc qu'elle est aussi une démarche clairement prosélyte. Aussi, si je m'affirme et me reconnais pleinement dans ces valeurs de laïcité, j'aimerais apporter au débat quelques éléments montrant comment la parole de Jésus peut être porteuse de progrès et combien elle reste d'une brûlante actualité.
Je
pense à l'engagement de nombreux prêtres dans le monde ouvrier,
je pense au travail de terrain de certain militants cathos ou je pense encore
aux riches réflexions de l'équipe de la revue Golias dans son
combat contre l'extrême-droite.
Mais laissez-moi vous conter une histoire.
"C'est au début des années soixante qu'est né ce garçon dans une des dernières cités de transit de la banlieue parisienne. Un coin qui devait s'appeler Bethléem-sur-Seine. Je ne sais si c'est de l'ironie, mais les parents fraîchement arrivés en France de ce petit garçon le prénommèrent Jésus.
Son enfance et son adolescence furent plus que classiques : le HLM a remplacé la cité de transit et s'est organisée la vie en banlieue. Jésus a très vite manifesté une conscience accrue des injustices qu'il vivait au quotidien. Les difficultés à l'école, les désirs refoulés par des fins de mois incertaines. Elevé dans la crise, il avait été durant son adolescence le témoin de l'abandon et de la lassitude de son entourage.
Il allait, à sa manière mettre un coup de pied dans la fourmilière. Il avait à peine plus de vingt ans lorsque les prémisses de la vague hip hop arrivaient en France et c'est dans le Rap qu'il concrétisa sa volonté de porter la parole. Il toastait ces premier textes à son entourage et à ses potes. Il y avait Mat, Pierre, Luc, Aziz et les autres. Il y avait Jean qui l'avait initié, ils furent bientôt dans le posse de ce rappeur en devenir.
Ce fut ensuite les concerts en banlieue, les lyriques sur le respect et sur l'amour de son prochain. Les combats contre Babylone et les premiers contacts difficiles avec la Police qui voyait d'un mauvais il ce rappeur réveiller les consciences. En effet, il ne cessait d'affirmer que le pognon pourrissait tout, que la véritable richesse était ailleurs. Un jour, il a même pété un câble et il a expulsé de la salle du concert les stands des spécialistes du gadget hip hop et autres marchands de pacotilles.
Ça c'était le week-end, car même s'il mettait de plus en plus le feu en toastant devant les foules, le lundi c'était le boulot pour pouvoir croûter. Il était manutentionnaire dans une grande surface. Des horaires "flexibles" et l'impression d'être fliqué dans un univers de petits chefs. Là encore, il ne pût s'empêcher de prendre la parole. Jésus entrait à la CGT !! Une toute petite section, que le patron n'avait pas vu se monter et qu'animait le poissonnier. C'était pour lui une autre façon de vivre ses chansons en se mettant délibérément du côté des humbles. Une autre manière de porter les valeurs de justice et de fraternité. Il savait qu'ensemble on pouvait accomplir des miracles !!
Cette parabole laïque d'un texte plus ancien se termine pas très bien car notre ami Jésus a été crucifié au nom des impératifs de la rentabilité. Il a payé lourdement son engagement, il a été licencié.
Certains m'ont dit qu'il vivait sa résurrection au sein d'un comité de chômeurs d'AC !"
De vieux combats sont d'une criante actualité. Etonnant non ?
JP.doc