Depuis les années 60-70, on ne tente pas de résoudre socialement le problème de la toxicomanie. La guerre contre la drogue engagée à l'échelle mondiale par des gouvernements en quête de bons sentiments électoraux n'a été qu'hypocrisie et répression à outrance sous couvert de prétendues préoccupations de santé publique. L'échec est sans équivoque : depuis 30 ans, la production, le trafic et la consommation de drogues illicites n'ont cessé de se développer.
Peut-être
faudrait-il se demander pourquoi les gens se shootent de plus en plus et agir
en conséquence, plutôt que de mobiliser des fonds publics démesurés
pour traquer et emprisonner les consommateurs de drogue.
Posons le problème de la légalisation au regard des désastres provoqués par les politiques actuelles. Le débat doit être lancé : il faut arrêter les non-dits. Je n'ai pas de position arrêtée là-dessus, sauf pour ce qui est de la légalisation du cannabis que je ne peux considérer comme une drogue, d'autant plus que, mis en comparaison avec l'alcool, la politique répressive vis-à-vis de la consommation de cannabis est d'une incohérence hors du commun.
Je vais présenter quelques idées en vrac, non développées, et à débattre :
· Sur le cannabis, dont l'usage largement répandu et socialisé ne représente aucune menace sérieuse pour la sécurité et la santé publiques :
Certains scientifiques se plaignent de l'interdiction de toute recherche scientifique sur le cannabis relative aux soins palliatifs pour les maladies graves (anti-vomitifs, appétit retrouvé, relaxant, ) alors que de véritables drogues sont l'objet de recherche médicale, et sont utilisées pour soulager les patients (morphine par exemple).
Pour ce qui est du mythe de l'escalade "quand on commence au pétard, on finit à l'héroïne", il est infondé et ridicule : quand on boit une bière on ne finit pas à coup sûr torchon à comptoir !
Tout est question d'éducation, de prévention, d'information, de repères. Seulement cela se fait avec des fonds et de la volonté politique. Plutôt que de mobiliser des millions à la répression bête et méchante, pourquoi ne pas utiliser ces fonds publics pour une véritable campagne de prévention, de responsabilisation individuelle , et pour assurer un avenir plus envieux que celui qu'on nous propose aujourd'hui ?
Par ailleurs, au niveau des jeunes, quoi de plus attirant que de briser un interdit (la consommation du cannabis) ? La chose banalisée, ce n'est même plus intéressant d'aller l'essayer.
De toute façon il faut être lucide. Rendre légale la consommation de cannabis ne provoquera pas une augmentation de la demande de cannabis. Aujourd'hui, on trouve ce que l'on veut, où l'on veut, comme si l'on allait au supermarché : il n'existe pas de problème d'approvisionnement, c'est juste une question de volonté. Donc que le cannabis soit légal ou pas, si on en veut, il n'y a qu'à se servir. Ainsi, l'interdiction de la production et de la consommation du cannabis ne crée pas la pénurie, bien au contraire. Le marché est tellement attractif du fait de sa prohibition que les offreurs ne manquent pas !
· Sur les véritables drogues, la priorité doit être donnée à l'action thérapeutique plutôt qu'à la répression, car le drogué est un malade avant d'être un criminel :
Au niveau des drogues "dures" (héroïne ), la logique de la prohibition est implacable et perverse : plus la répression est efficace et les saisies conséquentes, plus la drogue se fera provisoirement rare et chère et donc plus le drogué devra commettre de délits et faire de nouvelles recrues, bientôt dépendantes à leur tour, pour le plus grand profit des gros trafiquants. La prohibition de la drogue tue et criminalise.
Mais un des éléments qui fausse et empêche le débat est qu'aujourd'hui, le thème de la guerre à la drogue est devenu l'un des morceaux de bravoure de politiciens cyniques ou démagogues qui investissent électoralement dans le sécuritaire et le contrôle social. Les discours musclés inusables, soutenus par les bureaucraties chargées de la répression en quête de crédits et de légitimité, assurent la prolongation indéfinie de la répression qui sert leurs ambitions.
A ce titre, la place prépondérante prise, en France, par le ministre de l'intérieur au détriment de celui de la santé reflète l'ordre des priorités : le combat contre la drogue avant le traitement de la toxicomanie.
Or, il est clair que la guerre à la drogue tue bien davantage que la drogue elle-même : les cimetières et les hôpitaux accueillent bien plus de personnes victimes de règlements de comptes sordides entre dealers, de la répression policière ou du sida, que de drogués foudroyés par une overdose !
A un coût prohibitif, la guerre à la drogue engloutit des moyens humains et financiers qui font défaut dans la lutte contre les causes sociales du développement de la toxicomanie.
· D'un point de vue économique, social et politique, à l'échelle mondiale :
La réflexion sur la drogue, dans son aspect consommation, devrait être intimement liée au mal-être ambiant, à la précarité, à la dégradation des conditions d'existence, à l'exclusion d'une partie croissante du globe.
Aussi, dans son aspect production, le problème de la drogue soulève aujourd'hui les dangers de politiques délibérées de la part des créanciers du tiers-monde (pays membres du G7, des clubs de Paris et de Londres, FMI et Banque Mondiale) générant des inégalités criantes de développement entre pays dominants et pays dominés. En effet, les pays du tiers-monde, asphyxiés par le paiement de leur dette, sont contraints d'abandonner leur politique économique (donc sociale) au FMI et à la Banque Mondiale, au prix de profondes déstructurations de leur tissu économique et social local. La production de drogue devient alors la seule manière de s'en sortir pour ces perdants de l'économie concurrentielle mondiale, d'autant plus que les créanciers du tiers-monde cités ci-dessus acceptent volontiers que les narco-dollars blanchis assurent le service de la dette ou financent les plans d'ajustement structurels.
Et la santé publique là-dedans ? Ça ne rapporte pas, donc en s'en fout
La légalisation, au risque de ne pas faire mieux que la répression si elle n'est pas accompagnée d'un traitement social adéquate et d'une véritable mission de santé publique, aura au moins le mérite d'enrayer un trafic fructueux pour criminels bien placés dans les sphères du pouvoir, et la délinquance qui se déchaîne (tirons des leçons du film "Les Incorruptibles" à propos de la prohibition de l'alcool ).
Les politiques sont vraiment à côté de la plaque, un débat ouvert est alors plus que nécessaire : saisissons-nous de cette tribune
Napheste