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Sommaire numéro 4, juin, juillet, août 1997. Laïcité

La laïcité : une arme permanente contre l'intégrisme

Il est intéressant de considérer l'évolution historique du concept même de laïcité et ses répercussions dans la réalité d'aujourd'hui. Deux dates peuvent encadrer cette réflexion :

* 1905: vote de la loi de séparation de l'église et de l'état. Etre laïque, c'est alors être anticlérical, contre la religion officielle (catholique). Bref, pour la bourgeoisie dominante et réactionnaire, une seule bonne voie, celle de la religion et, en face, le mal, le diable.

On ne peut ignorer, dans cette présentation à peine caricaturale si l'on se réfère aux textes de l'époque, que les tenants de la laïcité, ouverts sur le monde et respectueux de l'homme, ont pu, eux aussi, adopter parfois des positions intolérantes et passéistes.

* 1997 : près de cent ans plus tard, chacun, quels que soient sa religion, ses options politiques et son système de pensée se réclame de la laïcité. Comment expliquer cette évolution ?

Au début du siècle, les relations entre communautés s'exprimaient sous forme manichéenne : les "croyants" (à la religion officielle) contre les païens, les athées (laïques, non-religieux). Le paysage social et humain de la France a bien changé.

Quoi qu'en disent les tenants d'un nationalisme pur et dur, les différents mouvements d'immigration (italiens, polonais au début du siècle ; portugais, turques, maghrébins plus tard) finissent toujours par une intégration (et non une assimilation, chacun ayant droit au respect de ses origines, donc de ses traditions). Mais l'immigration d'hier, sollicitée très fortement pour des raisons économiques, apparaît aujourd'hui pour certains comme un mal social. Par ailleurs, la crise que connaît aujourd'hui notre société occidentale exclut d'abord les plus faibles économiquement. Le SDF moyen n'a pas de race ni de religion particulières. Mais reconnaissons que celui qui est différent, l'étranger, est le premier victime de la préférence nationale qui dépasse parfois dans la réalité le simpliste et xénophobe slogan politique. D'où la tentation pour certains, en guise de résistance à l'adversité, d'enfermement dans le communautarisme. Le pas vers l'intégrisme est alors vite franchi.

Heureusement, de tous côté, de nombreuses voix s'élèvent pour proclamer le refus du nationalisme comme pour condamner l'intégrisme, quel que soit son visage. Le manichéisme évoqué plus haut n'a plus cours. La France ressemble désormais davantage à un puzzle aux multiples pièces. Or, la cohésion sociale, relativement préservée, doit prendre appui sur des principes généraux comme celui de la laïcité pour que chaque pièce trouve sa vraie place, de manière stable et durable, sans être exclue du puzzle et sans prendre la place du voisin. La laïcité représente donc à mon sens le fondement d'un nouveau lien social, le ciment d'un monde pluri-ethnique, pluri-culturel, multi-religieux. Elle peut être considérée comme une barrière face aux excès de tous ordres, mais aussi, plus positivement, comme cadre de référence où peut s'exprimer chaque composante de notre société qui, dans le fond, présente un visage contrasté mais d'une extrême richesse. Plus que jamais "laïcité" doit rimer avec "tolérance", "respect" (de l'autre, de ses différences), "refus de l'intégrisme".

Pourquoi, chez les enfants que j'ai le loisir d'observer quotidiennement, toutes ces questions ne se posent-elles pas avec autant d'acuité ? Sans doute parce qu'ils ont plus que nous, adultes, une haute idée de la justice et que les valeurs liées à la camaraderie, à l'entraide, au respect de l'autre prennent le pas sur la volonté d'avoir le maximum d'argent de poche, d'être le premier de la classe ou de rouler sur le plus beau vélo !

Je ne voudrais pas tomber dans un angélisme béat et penser que tout est merveilleux dans le monde de l'enfance. Certains enfants souffrent, subissent ou transmettent la violence, répètent volontiers le discours négatif des adultes. Mais ils sont capables d'analyser et de comprendre le monde qui les entoure avec beaucoup plus de finesse qu'on peut l'imaginer. Et dans leurs relations, ils savent inconsciemment profiter de la richesse de l'autre pour s'élever eux-mêmes.

Je crois fermement que bon nombre d'adultes ont conservé cette âme enfantine. Alors peut-être devraient-ils (et moi avec eux !) communiquer davantage cet état d'esprit, faire preuve de pédagogie et porter comme un étendard une laïcité qui peut, qui doit s'afficher sans honte et sans réserve.

 

Christian PERRIN-TOININ, Directeur d'école (publique et laïque !),
Président de l'Amicale Laïque de Grenoble