Solidarité : un concept et un mot qui désignent à la fois un état de fait et un engagement. Les hommes sont faits solidaires, en ce sens qu'ils sont, qu'ils le veuillent ou non, interdépendants. La pollution, l'effet de serre, l'amputation de la couche d'ozone, l'épuisement des matières premières, le SIDA n'ont pas de frontière. Nous vivons dans un même monde, fini, limité, dont l'état actuel et l'évolution nous concernent et nous touchent tous sans distinction, même si les conséquences affectent d'avantage les plus " pauvres ". Mais la solidarité, c'est aussi et surtout un choix, un engagement pour un " autre " monde, plus " solidaire ", qui serait fondé sur un réel partage des ressources, du travail, des décisions
Nous sommes à des années-lumière d'un tel monde solidaire. Au Nord, à l'Est, au Sud, le fossé s'élargit chaque jour entre ceux qui tirent leur épingle du jeu de la mondialisation et les recalés, les exclus du système. Un bon milliard d'hommes vivent dans les bidonvilles ou dans les rues de Bombay, de Manille ou de Rio 20% de l'Humanité, vivant surtout au Nord, détient et consomme 82% des richesses. Selon le PNUD (Programme des Nations Unies pour le Développement), depuis 1980, 100 pays, soit plus d'un sur deux, ont souffert du déclin ou de la stagnation économique. En fait, la même logique exclut là-bas et ici, même si ce n'est pas la même échelle et si les pays du Sud n'ont pas les moyens d'instituer des " filets de protection et de sécurité ". Logique imposée par les " forces du marché " et les multinationales, dont les mots-clés sont bien connus : compétitivité, profit, mobilité, délocalisation
Face à un tel processus mondial, on pourrait être tenté de baisser les bras et de désespérer de la possibilité même d'un monde solidaire. Et pourtant les exemples ne manquent pas, qui montrent que les hommes résistent à ce rouleau compresseur de la mondialisation. Ici, en France et en Europe, des dizaines de milliers d'hommes et de femmes se mobilisent contre le chômage (voir les marchés européens qui s'ébranlent en avril ), pour le droit au logement, à la santé Les travailleurs européens s'affirment solidaires des travailleurs bientôt licenciés de Vilvorde, même si la mobilisation est encore timide. En Thaïlande, aux Philippines, en Inde, en Afrique du Sud, en Argentine, des groupes de travailleurs et de citoyens mènent des campagnes pour faire interdire le travail des enfants, le travail forcé, pour arracher des conventions collectives dans les entreprises, le droit à des syndicats libres. En Afrique et en Amérique latine, des expériences originales d'économie et d'épargne solidaires permettent à des millions d'hommes et de femmes de s'organiser d'une façon relativement autonome et de financer leurs projets de développement
La solidarité ? Une valeur, un objectif à contre-courant des principes et de l'idéologie véhiculée par la logique purement marchande. Et pourtant, une exigence et une utopie autrement enthousiasmantes que le misérable " chacun pour soi " qui réduit les êtres humains à des concurrents, à des " gagnants " et à des " perdants ". Quoi de plus humain, de plus chaleureux que ces mobilisations, ces rassemblements, ces marchés pour un monde sans haine, sans guerre, sans exclusion, sans domination ? Seule la solidarité relie les hommes et leur fait prendre conscience d'une destinée commune et interdépendante qui est la seule issue. La solidarité, un bien beau pari
le collectif du CIIP Grenoble