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Sommaire du numéro 3, mai 1997. Solidarité

Vers des actions solidaires et horizontales pour une démocratie renouvelée.

Le mouvement de novembre-décembre 95 constitue sûrement un moment important dans la lutte sociale. Le mépris du gouvernement, le peu de considération marquée par les ministres vis-à-vis des manifestants et de leurs revendications, ont mis clairement en évidence une rupture entre gouvernants et gouvernés. Cette rupture n'est bien évidemment pas une nouveauté.

Mais le mouvement de 95 est à l'origine d'une réactualisation des questions relatives à la délégation et à la captation du pouvoir par les élites. Ces interrogations sont au cœur de toutes les problématiques politiques, économiques et sociales contemporaines.

Dans nos sociétés, le mot " démocratie " n'a comme réalité politique que son fondement étymologique. A l'origine, c'est le peuple qui gouverne. Le principe est certain, mais l'application est plus que virtuelle.

Le problème réside fondamentalement dans la définition sociale de la notion de délégation et de la notion de mandat. La délégation de pouvoir est accordée aux élus qui s'expriment et agissent dans toutes les organisations démocratiques au nom de l'ensemble des citoyens qu'ils représentent. Le fait est que cette définition est floue et qu'elle permet une très grande latitude d'action.

Le mandat qui devrait constituer une délimitation du cadre de la délégation n'est pas mieux défini. Généralement, le mandat -en dehors des programmes électoraux qui constituent de vagues promesses ne liant visiblement personne- consiste à œuvrer pour l'intérêt de la nation, du pays, du peuple… au regard de grands principes généraux de la République.

Mais ces notions sont si larges qu'elles laissent beaucoup d'interprétations et d'actions possibles, toutes susceptibles d'être conformes aux textes fondamentaux. Ce qui est désigné comme étant l'intérêt général n'est du reste souvent que l'idée de l'intérêt que se font certains acteurs pour l'ensemble des autres. Cette notion d'intérêt général n'est donc pas à même de constituer une base acceptable à la constitution d'un mandat.

Enfin les modalités de contrôle des délégations sont plus qu'insatisfaisantes. Bien sûr il y a les élections, mais vu les remarques précédentes et le rôle des élus, il est aisé de comprendre qu'elles constituent paradoxalement une désappropriation de sa citoyenneté. Alors que le vote constituait un moyen de s'opposer à l'arbitraire et représentait un véritable progrès, il a été tellement dépouillé de sa substance et de ces principes qu'il est devenu à son tour un vecteur d'arbitraire.

Pour autant, il n'est pas question de renoncer au droit de vote, mais il s'agit de faire émerger une nouvelle conception sociale de la délégation.

Nous devons imposer socialement une nouvelle pratique de la délégation et une nouvelle définition de la notion de mandat.

Nous devons travailler à élaborer un véritable contrôle démocratique.

Selon quels critères, selon quelles modalités ? Il nous faudra les inventer !

Le contrôle démocratique doit s'exercer non seulement au niveau de l'économique et du politique, mais aussi sur les orientations techniques et industrielles. A ce seul prix nous pourrons nous opposer à l'économisme dominant, qui instrumentalise l'homme en producteur/consommateur sans se soucier de sa réalité quotidienne.

Mais pour obtenir des modifications substantielles de la délégation de pouvoir, il est difficile de compter sur la classe politique. Et même si, devant l'ampleur de la crise qui touche la représentation, certains hommes politiques -de gauche ou de droite du même- n'ont plus à la bouche que les mots " citoyens ", " démocratie ", " éthique ", leur crédibilité est limitée. Il serait vain d'attendre des élites que subitement elles se décident à remettre au centre du terrain social le pouvoir de décision. Seul un véritable mouvement de citoyens, solidaire et horizontal, peut imposer par la pression sociale des modifications substantielles de la notion de délégation.

Nous devons nous réapproprier notre droit à décider de l'orientation de nos vies et du monde dans lequel nous vivons. Dans les règles d'une démocratie renouvelée, il nous faudra construire au niveau local avec les différents acteurs et par-delà les divergences d'appareil -sans se préoccuper systématiquement des consignes nationales mais en privilégiant la réalité du terrain- des actions unitaires partout où cela est possible.

La vraie démocratie passera nécessairement par le local et par des relations construites sur le terrain.

Zomby