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Sommaire du numéro 3, mai 1997. Solidarité

Edito

Solidarité
La pensée libérale contemporaine et le projet qu'elle porte menacent directement ce qui constitue de près ou de loin la solidarité institutionnalisée.
D'une part, la protection sociale tend à sortir de l'espace de solidarité pour entrer dans la sphère du commercial.
D'autre part, les choix politiques de l'État visent à réduire l'ensemble des services publics en privatisant certaines activités et en diminuant les budgets de fonctionnement des autres.
Mais le renoncement à ces principes de protection sociale et de services publics
provoquera des modifications considérables dans la vie quotidienne des populations et ouvrira une brèche supplémentaire dans le principe d'égalité en renforçant le processus d'exclusion. La perte de ces acquis remettra en cause non seulement une partie du contrat social contemporain, mais pourra largement ouvrir la voie à un abandon progressif des valeurs démocratiques déjà bien malmenées.
Pour s'opposer à cette orientation libérale du politique et de l'économique, il nous faut répondre aux niveaux local, national et international par une solidarité d'action qui permette de créer un véritable mouvement de refus.
Les réponses européennes qui commencent à émerger ici ou là témoignent de la prise de conscience de cette nécessité.
Les salariés de Vilvoorde ouvrent la voie à des actions syndicales au niveau européen. La "marche européenne contre le chômage, la précarité et les exclusions" démontre l'importance et l'efficacité du travail en collectif et de la coordination de l'action à un niveau international. Ces signes semblent être l'amorce d'une pression sociale, seule à même d'imposer une Europe humaine, avec un droit social européen qui ne cède pas à la déréglementation libérale.
Mais plus largement, c'est l'interdépendance du sort des différentes populations du globe qui est en jeu.
La fameuse loi du marché, dont nos libéraux ne cessent de nous vanter les mérites, nous pousse parfois même a abandonner nos consciences. Peut-on continuer à tolérer que, pour réduire le coût de certaines marchandises, des entreprises contraignent des enfants au travail  ? Nos richesses relatives sont souvent des misères délocalisées. Pourtant, nos aspirations d'humains nous conduisent à souhaiter à peu près les mêmes choses, le droit à la vie, à la santé, à l'éducation, quels que soient les pays et les continents où nous vivons. Face à cela, quel est notre niveau de responsabilité individuelle et collective ? Quels sont nos moyens d'action ? Comment les mettre en œuvre ? Si la solidarité d'action est une nécessité pour pouvoir ensemble s'opposer à l'insupportable de la précarité, de l'exclusion et des inégalités, il nous faut absolument créer des solidarités citoyennes qui s'expriment dans la mise en œuvre de projets économiques et sociaux alternatifs.
Certains discours tendent à assimiler la solidarité à un idéal archaïque. C'est faux, nous le savons bien tous : la solidarité est à la fois l'expression et la création du lien social. Elle est nécessairement au centre de toute construction citoyenne et démocratique.

J-C Blais,
Sans titre, 1985.