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Sommaire du numéro 3, mai 1997. Solidarité

Chronique particulière

Rassurez-vous, chers lecteurs, depuis ma dernière prestation pseudo-goguenarde parue dans le numéro précédent, certains d'entre vous ont cru que le silence éternel s'était posé sur mes paupières. Loin de moi l'idée de faire du gongorisme sauvage, mais je préfère ceci à la parcimonie. Bref, ma tête pleine d'eau étant toujours posée sur mes épaules d'athlète oisif, je reviens souriant et m'aperçois tout à coup que le " monde est monde ". Ainsi, me relevant du trône, je cherchais désespérément du papier mou pour finir la besogne. Déçu, ne trouvant que mes cours d'économie, je finis par remplir les blancs restants. Excité, je partis ainsi en croisade pour faire part de ma découverte au monde entier. Chers amis, dans l'expression " le monde est monde ", on y retrouve la tautologie fracassante et fratricide que le " monde est immonde ".

Pendant que ces mots s'entremêlent avec le courant d'air qui siège dans ma tête, je me rends compte que l'Homme caresse des rêves qui remuent la queue, pendant que la réalité lui met des coups de pied dans le séant.

Misérable découverte, s'il en est, les physiciens de tous bords ont raison, nous ne sommes qu'une simple constitution d'atomes en mouvement réunis solidement. Voici donc la constitution de l'être humain, au sens précisément du paraître humain : forme non négligeable de notre environnement, apparentée à la conviction mielleuse du bonheur. Tout à coup, l'angoisse me saisit, pendant que son amie la peur attaque à la faucheuse. Ciel, si nous n'étions qu'une masse d'atomes en mouvement réunis solidement (dixit moi-même). Comment pourrais-je partager quelques bizarreries avec une autre constitution d'atomes ? Puisque je ne suis qu'un, et les autres sont les autres ! Mon mariage semble corrompu. A moins que ma définition scientifique de l'être humain soit fausse  ? Ce qui, ma foi, me paraît impensable, puisque toute constitution d'atomes n'est mue que par et pour elle-même. A ma gauche, une autre forme de constitution d'atomes en mouvement réunis solidement semble se disperser en m'envahissant de termes inconnus jusqu'à présent. J'entends : Amitié, Amour, Confiance, Rire, Espoir, Générosité, Désir, et même Solidarité envers d'autres êtres humains. La discussion me dépassant, je me rendis le plus rapidement possible à la bibliothèque et je replongeais dans mes livres, en tentant d'oublier ce dernier terme de Solidarité, ainsi que toutes ces autres formes de masturbation intellectuelle qui m'empêcheront de me lever demain matin pour aller en cours.

Mais rien n'est perdu, dans les 48 heures, j'aurais tout oublié, et je pourrais à nouveau penser à ma vie, à mon futur travail, à mon poisson rouge, à ma cuisine équipée, à ma maison, à mon vélo, à ma voiture, à mon nain de jardin, et peut-être si j'ai le temps à ma femme et à mes enfants, deux de préférence. Ca y est, je n'ai plus peur, l'essentiel est sauvé. Je sais que je me ferai chier, mais je sais où je vais. Ne faudrait-il pas interner ces gens bizarres qui vous troublent l'esprit avec des mots sans aucun sens concret et réel ?

Bonne chance, à la prochaine chronique.

Zoran Krstic