Attendre du personnel politique actuel qu'il lutte sérieusement contre le FN frise l'utopie. Tous nos représentant parlementaires sont au moins d'accord sur une chose : tenter de se servir de la menace que représente le FN pour apparaître respectivement comme les seuls remparts possibles pour sauvegarder les principes républicains. Tous en commun ont cette inconscience de jouer aux apprentis sorciers avec le danger fasciste. Alchimistes espérant transmuter le risque du plomb totalitaire en sièges parlementaires dorés pour leur propre groupe.
La progression du FN est complètement intégrée dans leur stratégie électorale et dans la préparation des élections législatives.
Comment expliquer autrement le maintien de la candidature d'Anglade à Vitrolles et surtout son investiture par le PS? Pourquoi laisser en face du couple Mégret un candidat mis en examen?
Car si une mise en examen ne signifie pas la culpabilité de la personne, il était tout à fait prévisible de penser que le FN allait jouer sur la confusion et appuyer sa campagne sur la corruption de l'ancienne municipalité, sur ses démêlés avec la justice.
L'argumentaire fourni par le PS qui consiste à affirmer le respect des particularités locales et le refus indigné d'employer les techniques de parachutage par respect de la démocratie locale pourrait faire rire - si ce n'était pas si grave - quand on se souvient des différentes répartitions électorales auxquelles se sont livrés, par le passé, les ténors du parti.
En n'engageant pas tout de suite le combat local avec
le FN, en ne s'opposant pas de toutes ses forces politiques, les probabilités
de voir un candidat FN élu augmentaient considérablement. L'objectif
était-il de laisser monter la tension d'un cran, histoire de faire
peur au peuple démocrate, de susciter un sursaut républicain
plus vigoureux qui ne trouverait comme ultime refuge que le vote socialiste
? Le PS espère-t-il ainsi remobiliser un électorat de déçus,
usés par 10 années de gouvernements qui n'avaient vraiment de
socialiste que le nom ?
Les Chiraquiens ne doutent de rien.
16 mars, consécration
La majorité gouvernementale porte elle aussi sa
responsabilité dans la victoire du FN à Vitrolles. Et les décl
arations de certains de ses leaders, lors des élections, ont clairement montré leur capacité à ne pas s'opposer fermement au couple Mégret, voire à encourager des électeurs de droite à voter FN.
Par ailleurs l'actuelle stratégie mise en uvre par le gouvernement dans l'emploi qu'il fait de ses forces de police pour dissoudre les manifestations antifascistes ne laisse aucun doute quant à sa volonté politique d'envenimer la situation. Les violences récentes ne sont pas des coïncidences malheureuses. Elles servent la majorité actuelle dans sa tentative de se présenter comme l'unique alternative à l'affrontement entre les forces de gauche et les partisans du FN.
La dégradation de la situation semble donc bien un élément sur lequel comptent s'appuyer nos responsables élus. Plans stratégiques bien peu recommandables, prise de risque considérable. Non contentes d'avoir mis à mal les principes républicains dans les affaires, nos élites politiques, qu'elles soient de droite ou de gauche, jouent encore avec le feu au risque de voir détruire la démocratie. Cela permet de nous interroger amèrement une fois encore sur le rôle de nos représentants et sur l'incapacité qu'ils ont à penser le monde avant de penser à leur propre carrière individuelle et à l'avenir de leur groupe, en dehors de leurs responsabilités à l'égard des citoyens.
Mais pendant que certains calculent, le FN progresse. Il prend des mairies, et se réjouit, lui aussi, de la violence lors des manifestations antifascistes. Les avantages de la violence sont multiples pour le FN :
· les quelques affrontements ont pour effet de galvaniser les troupes de nervis que le FN tient sous sa coupe
· les violences des fins de manifestations risquent de radicaliser la partie molle de son électorat
· la bousculade du stand de National hebdo au Salon du livre par quelques militants antifascistes est une grossière maladresse qui permettra aux dirigeants du FN de se présenter comme " des martyrs démocrates, opprimés par l'intolérance de quelques gauchistes protégés par les lobbies cosmopolites qui complotent contre lui "
· enfin, la dégradation de la situation lui permettra, à terme, de se présenter comme le futur parti de l'ordre.
Si la conviction que la violence n'est pas une solution politique acceptable pour s'opposer au FN car ce sont des méthodes propres à ceux dont nous combattons les pratiques et les idées, voila une série de raisons qui devrait au moins permettre de poser la question de la violence dans l'efficacité de la lutte contre le FN.
Car pour nous opposer efficacement à la progression du FN, il nous faut avant tout comprendre pourquoi presque 20% des électeurs sont prêts à donner leur voix au FN. Il ne faut pas diaboliser cet électorat, il faut maintenir le dialogue avec cette frange de la population au risque sinon de sa radicalisation.
Une évidence s'impose à nous, il serait vain et dangereux d'attendre que les élus s'attaquent d'eux-mêmes, honnêtement, au danger fasciste, ils ont trop d'intérêts à le voir nous effrayer. C'est à nous de démontrer que les solutions proposées par le FN sont incohérentes. Mais cela ne sera pas suffisant. Car la montée du FN est le symptôme d'une faillite du système actuel, économisme dominant, faillite sociale avec tout ce que cela implique de mal-être et de peur.
La réussite de la lutte contre les idées totalitaires ne peut dépendre que de la volonté et de l'action conjointes de tous les citoyens. C'est à nous de créer partout une pression sociale et politique, à nous de refuser la répartition actuelle des richesses qui génère cette société à deux vitesses, à nous de remettre en cause le développement capitaliste et le rôle des grandes industries, à nous d'imposer plus de démocratie, à nous de combattre les captations de pouvoirs auxquelles se livrent nos élites politiques, administratives et technocratiques.
Zomby