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Sommaire du N° 2 mars/avril 1997 "Inégalité, précarité, misère"

Messieurs et mesdames (ou mesdemoiselles)

Je m'excuse de vous interrompre dans vos lectures, qui sans doute sont passionnantes. Ceci n'est pas un cri d'alarme ni les tribulations d'un terrien désespéré, c'est juste une note de bas de page sur laquelle je greffe une pensée peu originale. Lorsque le monde sensé s'effondre sur votre tête, il ne vous reste plus que les yeux pour pleurer, ou dans le cas échéant une certaine vérité qui vous semble la plus pure. Ainsi débute une histoire banale à la faculté des sciences économiques et sociales de Grenoble. Faculté réputée pour ses idéologies que le grand public n'ose plus exposer au grand jour. Cette histoire, c'est aussi la mienne, la vôtre ou la nôtre tout simplement. Il y a quelques jours de cela, je possédais une âme, laquelle me fut retirée avec fracas, par le simple silence d'une chambre universitaire.
Depuis, chaque matin, le reflet du miroir ne me reconnaît plus. Il reste figé, même mon ombre ne suit plus. Peut-on les blâmer alors que mes pas sillonnent lourdement la pensée figée des sciences économiques, pardon ! économie politique.

Déclarant qu'il fait confiance à la qualité de l'ANPE et de ses agents, M. Chirac s'est dit : "Sûr qu'ils sauront parler aux jeunes (chômeurs), qu'ils sauront les traiter un peu comme si c'étaient leurs fils."

Rassurez-vous, comme disait A. Einstein, rien ne se perd, tout se transforme . La transformation tend à se perdre. Si vous avez des rêves, des espoirs, des pensées à faire partager, la marginalité vous guette, sans aucun jeu de mots de ma part. Ce qui est sûr, c'est que le processus de production de moutons est enclenché. Ce que la pensée de droite fait, la pensée de gauche le reproduit avec encore plus de défauts, si cela est possible. Et pourtant, nos chers professeurs furent jeunes, ils eurent eux aussi des rêves, des espoirs et des envies. Peut-être les ont-ils toujours, alors montrez-le nous, gardez l'espoir, car c'est la seule chose au monde qui nous pousse à vivre. S'il vous reste une simple lueur d'espoir, passez au-delà de la morosité ambiante, redonnez vie à cette faculté poussiéreuse. Ne gâchez pas une jeunesse qui n'aspire qu'à un monde plus véritable, plus harmonieux. Une pensée ne pouvant être plus véritable qu'une autre, laissez la jeunesse parler, s'indigner, s'exprimer, se révolter et qui sait peut-être… par la révolution de la pensée, nous pouvons dépasser les normes d'une société inégale préétablie. Mais en attendant, ma pensée reste bloquée, car je suis un produit de la normalité pour le moment. Il faut, il faut et il faut, voilà les mots clés de notre société, alors bonne chance à ceux qui restent. Quant à moi, je préfère dormir dehors et mourir avec mes idées. Certains considéreront cela comme étant la misère absolue. Pour moi, c'est un choix. Je préfère mourir avec mes idées, plutôt que de vivre avec mes hontes. Je verse une larme de sang à chaque seconde pour ceux qui n'ont pas choisi, ainsi que pour ceux qui ne choisiront jamais.

Zoran KRSTIC