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Sommaire du N° 2 mars/avril 1997 "Inégalité, précarité, misère"

Inégalité, précarité, misère

"Toute personne a droit à un niveau de vie suffisant pour assurer sa santé, son bien-être et ceux de sa famille, notamment pour l'alimentation, l'habillement, le logement, les soins médicaux ainsi que pour les services sociaux nécessaires ; elle a droit à la sécurité en cas de chômage, de maladie, d'invalidité, de veuvage, de vieillesse ou dans les autres cas de perte de ses moyens de subsistance par suite de circonstances indépendantes de sa volonté"

Article 25 de la Déclaration des Droits de l'Homme de 1948

Bien que durant ces quinze dernières années, la richesse mondiale ait connu une progression sans précédent (elle a été multipliée par 6 en moins de 20 ans), les inégalités entre les puissances occidentales et les pays pauvres n'ont cessé de s'aggraver.
Au niveau mondial, on évalue à 800 millions, le nombre de personnes qui ne bénéficient pas de l'apport quotidien minimum de 2 400 calories : leur immense majorité se recrute dans le Tiers-Monde, l'Asie du Sud et l'Afrique subsaharienne.
L'absence de solidarité des pays occidentaux est flagrante : 0,27 % du Produit National Brut des pays riches a été accordé l'an dernier pour le développement des pays pauvres. La France a accordé 41,3 milliards de francs (moins de la moitié du trou du Crédit Lyonnais).
Vingt millions de personnes, en Europe, sont au chômage. En France, la précarité ne cesse de se développer. L'exemple local que nous fournit le Comité des universités contre la précarité de Grenoble illustre un mouvement général de détérioration programmée de l'emploi : à l'Université Pierre-Mendès France, sur 586 employés administratifs, on compte 216 emplois précaires soit 37 % (100 contractuels, 96 CES, 10 CEC et 10 objecteurs) !
Le nombre de personnes vivant au-dessous du seuil de pauvreté ne cesse de croître dans les pays européens.
Pire, les "bons" chiffres du chômage américain servent souvent dans certains médias à développer l'idée d'une réussite sociale du libéralisme. Pourtant, les statistiques montraient déjà en 1990, que 18 % des travailleurs américains à temps complet (40 heures par semaine et 50 semaines par an) ne gagnaient pas assez pour faire vivre une famille de quatre personnes au-dessus du seuil de pauvreté. Près de 15 % de la population américaine vit en dessous du seuil de pauvreté.
En France, des maladies comme la tuberculose et le scorbut, enrayées depuis plusieurs décennies, réapparaissent . Un rapport récent sur la pauvreté en milieu scolaire de l'inspection générale de l'Education Nationale montre que certains jeunes, dans le primaire et le secondaire, sont victimes de sous-nutrition. Ces exemples reflètent des inégalités croissantes face à la santé, à l'espérance de vie, au pouvoir d'achat,... dans l'accès à la culture, à la connaissance, à l'information, à la formation,... à la citoyenneté.
Au regard des contradictions flagrantes entre la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme et la réalité du quotidien, la question du rôle, des responsabilités et des choix de nos instances décisionnelles est posée. En effet, l'absence de volonté des pouvoirs publics de se donner les moyens d'une application effective de ces textes est évidente.
On constate que la politique libérale et la pensée qui l'anime mettent en place une société rompant de fait avec le projet démocratique et républicain.

Devons-nous continuer à être dessaisis progressivement de tout choix, de toute autonomie ?
Quels buts et moyens voulons-nous donner à l'économie ?
Qu'attend-on du progrès ? (d'ailleurs, qu'est-ce que le progrès ?)
Comment concevons-nous les rapports entre les habitants de la planète ?
Qui décide de cette organisation du monde ?
Et de cette répartition des richesses ?
Quelles sont les forces qui contraignent les personnes à accepter cette situation, à supporter ces souffrances ?
Quelles sont les mécanismes sociaux qui génèrent la misère ?