Pourquoi la précarité ?
Dans les pays capitalistes avancés et pendant les trente glorieuses,
la précarité était un phénomène limité
avec l'installation durable de la crise économique mondiale, elle a
grandi et frappe en France plusieurs millions de travailleurs. Longtemps,
les fruits de la croissance économique, du fait de l'état providence
et de la pression du mouvement ouvrier, étaient mieux répartis
entre le capital et le travail (hausse des salaires, généralisation
de la protection sociale,...). Depuis les années 80, ce "compromis
fordiste " est rompu. Les politiques néo-libérales de gestion
de la crise économique, menées par les gouvernements de droite
comme de gauche, ont favorisé clairement le capital. Politique monétaire
de rigueur, baisse du pouvoir d'achat et du coût salarial, flexibilité
et précarité dans le travail ont été les moyens
utilisés pour servir à maintenir et à développer
les profits patronaux et spéculatifs. Le résultat paradoxal
(en apparence) qui s'est fait jour, c'est l'accroissement de la pauvreté
dans une société de plus en plus riche, du fait de la répartition
de plus en plus inégale de la richesse nationale.
Demain, tous précaires ?
Ainsi, depuis des dizaines d'années, les employeurs privés comme
publics bénéficient d'un véritable arsenal de sous-salariés
: TUC, CIVP, CES, CDD, CIE, MA, temps partiel imposé, suppléants,
vacataires, intérimaires,... La liste est longue ! Si on ajoute à
tous ces précaires les 3,5 millions de chômeurs, le million de
RMIstes, les centaines de milliers de travailleurs en contrats de formation,
en stages ou encore radiés des chiffres du chômage, plus de 50%
de la population active est précaire (source : CREC, février
94). Parmi eux, les plus touchés sont avant tout les femmes, les jeunes,
les plus de 50 ans et les immigrés.
Main d'uvre précaire, flexible et exploitable à merci,
elle répond aux nouveaux besoins de la machine capitaliste néo-libérale.
Longtemps cantonnée dans le secteur privé, la précarité
s'étend et s'amplifie dans les services publics, menacés par
ailleurs de privatisation (France Télécom, SNCF, Air France,...).
L'Education Nationale n'échappe pas à cette réalité
: son démantèlement, organisé depuis Une décennie,
accélère dangereusement avec le gouvernement Chirac-Juppé.
Qu'il s'agisse des MA, des CES, des vacataires ou des suppléants, l'état
est allé chercher des personnels disposant de diplômes et de
qualifications équivalents aux titulaires et les a employé pendant
des années pour assurer les mêmes tâches dans des conditions
de travail et de salaires bien inférieures... Ceci au mépris
des lois qui prévoient que tout emploi permanent doit être pourvu
par un personnel titulaire. La volonté du gouvernement est claire :
multiplier les statuts et précariser les personnels pour affaiblir
toute résistance à cette politique de casse du service public
d'éducation.
Lutter contre la précarité.
Face à ces multiples attaques, il faut réagir en unifiant les
luttes et les revendications contre le chômage et la précarité
dans l'Education Nationale : collectifs de MA, de précaires, de CES,
de doctorants ou syndicats de professeurs ou d'étudiants, du primaire
au supérieur.
Exigeons :
- la titularisation et le réemploi de tous les personnels précaires
sans discrimination, l'arrêt de l'emploi précaire !
- l'ouverture des concours, des allocations d'études et de recherche
pour tous, l'augmentation des crédits de recherche
- l'amélioration de l'accueil et de l'encadrement par la création
massive de postes et la suppression des heures supplémentaires
- la diminution massive du temps de travail sans diminution de salaire !
La marche européenne contre le chômage, la précarité
et l'exclusion, organisée du 14 avril au 14 juin par des organisations,
syndicats et associations de toute l'Europe, doit être une échéance
fondamentale pour toutes et tous : aux côtés des précaires
privés, des chômeurs et des exclus, nous devons porter ces revendications
pour un service public d'éducation de qualité !
Laëtitia, militante de la LCR