http://www.les-gueux.org

Sommaire du N° 2 mars/avril 1997 "Inégalité, précarité, misère"

A l'école comme à l'usine, le néo-libéralisme c'est la précarité

Pourquoi la précarité ?
Dans les pays capitalistes avancés et pendant les trente glorieuses, la précarité était un phénomène limité avec l'installation durable de la crise économique mondiale, elle a grandi et frappe en France plusieurs millions de travailleurs. Longtemps, les fruits de la croissance économique, du fait de l'état providence et de la pression du mouvement ouvrier, étaient mieux répartis entre le capital et le travail (hausse des salaires, généralisation de la protection sociale,...). Depuis les années 80, ce "compromis fordiste " est rompu. Les politiques néo-libérales de gestion de la crise économique, menées par les gouvernements de droite comme de gauche, ont favorisé clairement le capital. Politique monétaire de rigueur, baisse du pouvoir d'achat et du coût salarial, flexibilité et précarité dans le travail ont été les moyens utilisés pour servir à maintenir et à développer les profits patronaux et spéculatifs. Le résultat paradoxal (en apparence) qui s'est fait jour, c'est l'accroissement de la pauvreté dans une société de plus en plus riche, du fait de la répartition de plus en plus inégale de la richesse nationale.

Demain, tous précaires ?
Ainsi, depuis des dizaines d'années, les employeurs privés comme publics bénéficient d'un véritable arsenal de sous-salariés : TUC, CIVP, CES, CDD, CIE, MA, temps partiel imposé, suppléants, vacataires, intérimaires,... La liste est longue ! Si on ajoute à tous ces précaires les 3,5 millions de chômeurs, le million de RMIstes, les centaines de milliers de travailleurs en contrats de formation, en stages ou encore radiés des chiffres du chômage, plus de 50% de la population active est précaire (source : CREC, février 94). Parmi eux, les plus touchés sont avant tout les femmes, les jeunes, les plus de 50 ans et les immigrés.
Main d'œuvre précaire, flexible et exploitable à merci, elle répond aux nouveaux besoins de la machine capitaliste néo-libérale. Longtemps cantonnée dans le secteur privé, la précarité s'étend et s'amplifie dans les services publics, menacés par ailleurs de privatisation (France Télécom, SNCF, Air France,...).
L'Education Nationale n'échappe pas à cette réalité : son démantèlement, organisé depuis Une décennie, accélère dangereusement avec le gouvernement Chirac-Juppé. Qu'il s'agisse des MA, des CES, des vacataires ou des suppléants, l'état est allé chercher des personnels disposant de diplômes et de qualifications équivalents aux titulaires et les a employé pendant des années pour assurer les mêmes tâches dans des conditions de travail et de salaires bien inférieures... Ceci au mépris des lois qui prévoient que tout emploi permanent doit être pourvu par un personnel titulaire. La volonté du gouvernement est claire : multiplier les statuts et précariser les personnels pour affaiblir toute résistance à cette politique de casse du service public d'éducation.

Lutter contre la précarité.
Face à ces multiples attaques, il faut réagir en unifiant les luttes et les revendications contre le chômage et la précarité dans l'Education Nationale : collectifs de MA, de précaires, de CES, de doctorants ou syndicats de professeurs ou d'étudiants, du primaire au supérieur.
Exigeons :
- la titularisation et le réemploi de tous les personnels précaires sans discrimination, l'arrêt de l'emploi précaire !
- l'ouverture des concours, des allocations d'études et de recherche pour tous, l'augmentation des crédits de recherche
- l'amélioration de l'accueil et de l'encadrement par la création massive de postes et la suppression des heures supplémentaires
- la diminution massive du temps de travail sans diminution de salaire !
La marche européenne contre le chômage, la précarité et l'exclusion, organisée du 14 avril au 14 juin par des organisations, syndicats et associations de toute l'Europe, doit être une échéance fondamentale pour toutes et tous : aux côtés des précaires privés, des chômeurs et des exclus, nous devons porter ces revendications pour un service public d'éducation de qualité !

Laëtitia, militante de la LCR