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Sommaire du numéro 14 "Identité culturelle"

Refonder les territoires du je

"Je suis un brin de paille devant toi, Ô vent violent : Comment savoir où je tomberai ?"

Rûmî



L’identité culturelle met en tension l’individu (identité) et la société (culture). Elle porte en elle la question de la transmission d’un patrimoine et évoque un territoire où inscrire sa vie. C’est cette double inscription dans le temps et dans l’espace qui donne sens à la plupart des vies, elle permet de dire "Je".

L’identité culturelle n’est pas une chose en soi, constituée hors de toute histoire. Au contraire, elle est profondément historique, bousculée même par l’Histoire. La société actuelle, au nom de la modernité, brise tous les liens et broie l’individu qu’elle prétend promouvoir. l’exode rural, l’immigration, le chômage, l’envahissement de la marchandise, autant de phénomènes collectifs qui brisent les lignages et donc la capacité à s’inscrire quelque part. Lorsque la crise est perçue comme un dérèglement des temps, emportant et dissolvant l’identité culturelle, le pire est à craindre. C’est la défense de l’identité culturelle qui est un des moteurs les plus puissant des intégrismes et des mouvements fascistes. Mais c’est la défense de l’identité culturelle qui a permis de remporter une victoire contre l’AMI, qui donne à des populations entières la force de résister, de la Palestine au Chiapas. Nous vivons un entre-deux, entre un passé trop présent et un avenir encore trop à venir. Nous n’échapperons pas aux ruptures, mais nous pouvons lutter contre la dislocation. Il nous faut inventer, individuellement et collectivement, un territoire commun dont le paysage porte les marques à la fois du métissage et de la diversité culturelle, irrigué par la solidarité et l’émotion devant la condition humaine, permettant l’avènement de cette "Terre-Patrie" dont parle Edgard Morin.

Mariano Bona