Pascal, 24 ans : je fais du hip-hop depuis
5 ans. Mais je ne fais pas que ça, depuis, jai commencé
le jazz, le classique...
Jean-Pierre : je vais avoir 32 ans et jai commencé le hip-hop
à lorigine, à la première vague dans les
années 1980. Aujourdhui, je donne des cours et travaille comme
aide-comptable.
Comment êtes-vous arrivés
au hip-hop ?
Pascal : Je cherchais des cours de danse. Commencer par le jazz ça
ne me disait pas trop, et un pote ma emmené dans un cours hip-hop.
J-P. : Moi, jai commencé tout seul. Jai regardé
le premier reportage sur le hip-hop dans les années 1980. Ça
ma flashé ! Je me suis dit cest ça, un point cest
tout. A l'époque, on navait pas de prof, alors on est un peu
autodidacte. On sentrainait en regardant des films, des émissions
et cest comme ça que lon a appris à faire des figures
et on a pris le style. A lorigine le hip-hop viens des cités,
cest une sorte de cocktail de danses. Il y a de la cappuera, la danse
brésilienne, les danses cosaques, pour tout ce qui est acrobatique.
Cest un mélange de tout, il y a du jazz aussi... Pascal : II
y a des danses indiennes aussi.
Vous
habitiez en cité à lépoque ?
Pascal : Ouais, enfin cest pas vraiment une cité, Sassenage.
J-P. : Je vais te dire ce que jai ressenti au début. On
était dans des cités, parqués... On allait en boîte,
on se faisait lourder à chaque fois. On était catalogué
comme vauriens et par la danse on voulait montrer quon valait quelque
chose.
Comment des danses aussi diverses sont-elles
arrivées et ont permis de constituer une danse à part entière
?
J. -P. : Ça a débuté aux Etats-Unis. Dans le hip-hop,
il y a plusieurs styles : le sol, le debout, lElectric Boogy,
le Pop, le Smurf... Le Smurf, en anglais, ça veut dire schtroumfs.
Ils se sont également basés sur les dessins animés. Quand
tu regardes un dessin animé, les mecs ils bougent bizarrement et ils
se sont inspirés de ces mouvements. Aux Etats-Unis, il y a aussi les
Portoricains, eux, ils sont bons au sol... Ils ont mélangé tout
ça, cest un mélange de cultures.
Comment cest arrivé en France
?
J.-P. : Cest arrivé dans les années 1980. La première
fois que jai vu du hip-hop, cétait dans le film flash dance.
Après il y a eu Sydney, lémission du dimanche après-midi
sur le smurf, et deux films cultes : Breack Street et Wilde Style 84.
Mais je suppose que vous ne faites pas
du hip-hop comme on le fait aux Etats-Unis. Y a-t-il une spécialité
hip-hop française ou des spécificités de quartiers à
quartiers ?
J-P. : Cest un mouvement qui évolue. Chaque jour, on voit
des jeunes qui trouvent de nouveaux pas. Au début, quand jai
commencé, il ny avait quune figure spectaculaire, cétait
le moulin à vent. Les gens commençaient à tourner sur
la tête mais ils ny restaient pas longtemps, pas comme maintenant.
En ce moment, cest le sol qui est en train de trôner avec toutes
ses figures : le moulin à vent, le ressort, le tour sur la tête.
Pascal : Oui, mais sur Grenoble essentiellement, à Paris cest
autre chose.
Vous pensez quen France on retrouve
des influences de danses africaines, arabes ?
J. -P. : Oui, les ondulations du corps des danses arabes, par exemple,
que lon retrouve dans le hip-hop, et puis dautres choses encore.
Oui, ça a vachement influencé.
A lorigine vous avez commencé
le hip-hop en réactions à la discrimination. Aujourd'hui, 20
ans plus tard, que pensez-vous du phénomène hip-hop ?
J.-P. : Je pense que cest une danse qui est en train dévoluer,
elle est lavenir du jazz. Cest une danse vive qui a vachement
de punch. Elle évolue, chaque jour il y a des nouveaux styles.
Pascal : Le hip-hop, cest pas la même chose que les autres
danses, cest pas la même énergie. Mais, de plus en plus,
il est en train dévoluer vers le contemporain. Il y a des compagnies
de danse contemporaine qui utilisent le hip-hop dans leurs spectacles.
J.-P. : Le jazz, le contemporain, tout le monde sintéresse
au hip-hop, alors quavant on était snobé. Cétaient
les danses de quartier, on dansait dans les rues. Toutes les autres danses
commencent à voir que, dans le hip-hop, il y a quelque chose de bien.
Sils veulent évoluer il faut quils passent par le hip-hop.
Et le message positif qui existait à
lorigine ?
J.-P. : Pour moi il existe toujours.
Pascal : Et puis dans le hip-hop il ny a pas que la danse.
,J.-P. : Cest vrai, le hip-hop, ça regroupe le graph,
le parler sur la musique : le rap. Les mix, tout ce qui est techno, à
lorigine ça vient du hip-hop. Cest un peu le bouillon de
culture, pour dire aux autres on est jeunes, on existe, on sait créer,
il faut nous écouter.
Donc, cest une victoire puisque
des compagnie de danses "légitimes" reprennent le hip-hop
à leur compte.
J-P. : Pour moi, cest une victoire parce quau début
on était catalogué. On saperçoit quon a eu
raison de persévérer.
Pascal : Nempêche que le hip-hop est pas encore complètement
reconnu. En ce moment, ils en parlent, ils veulent créer un diplôme
dEtat comme pour le jazz. Mais, bon... jy crois pas trop .
J-P. : Ils ne peuvent pas. Cest une danse qui évolue et
chaque région a son style, tu peux pas, il ny a pas de règles,
cest chacun son style, cest ce qui fait sa richesse. Peut-être
pour le sol, mais tout ce qui est debout, ça se fait au feeling.
Justement, quest-ce qui vous relie
puisque les danses sont différentes de quartiers à quartiers
? Une culture hip-hop ?
J.-P. : Cest lesprit.
Pascal : Souvent, cest le fait dêtre confronté
aux mêmes réalités.
J-P. : Oui, mais maintenant ça touche tout le monde, toutes
les classes sociales. Les filles aussi, il y en a vachement qui sintéresse
au hip-hop, cest bien. Avant cétait plus une danse
de mec. Et puis les filles elles mettent une touche...
Lesprit hip-hop, cest
quoi ?
J-P. : Pour moi, lesprit hip-hop, quand je rencontre un autre
danseur... Au début dans
les années 1980, dès que lon sortait en soirée
et que lon trouvait un autre groupe, on communiquait, on séchangeait
des pas. Cétait un moyen de se reconnaître. On était
vachement ouvert, quelquun voulait apprendre le hip-hop, on laccueillait,
on lui apprenait, même sil était débutant. Mais
là, je trouve que cest en train de changer. Les danseurs ont
tendance à garder leur style et ne veulent pas lapprendre aux
autres. Je trouve que cest dommage.
Pascal : Avant en soirée, cétait des défis
entre groupes. On sapprenait des pas comme ça.
J-P : Maintenant cest la compétitivité, cest
le monde actuel : il faut être le plus fort. Je trouve que cest
con. ()n va pas évoluer comme ça.
Quest ce que vous pensez de la
situation actuelle des jeunes dans les cités ?
J-P. : .je pense quil faut occuper ces jeunes, leur donner du
boulot, moi je pense que cest ça quils recherchent.
Ils sont parqués dans les cités, ils ont lécole
dans les cités, les commerces dans les cités. Ils verront que
la cité. Il faut souvrir aux autres sinon ça va être
un mur et ils vont saffronter au mur.
Pascal : Il ne faut pas dire aux jeunes : « il faut faire du
hip-hop et puis après ça ira mieux »
J-P. : Cest vrai, moi je vois un jeune qui fait rien, je lui
dit pas viens avec moi on va faire du hip-hop. Cest lui qui va me dire
: tiens ce que tu fais ça mintéresse. Je lui impose pas.
Pascal : Souvent des gens disent : il y a des jeunes qui foutent le
bordel, il faut les concentrer sur quelque chose, sur le hip-hop...
J-P. : Cest pas la bonne solution, cest détourner
le problème pour quelque temps mais dans dix ans ce sera pareil. Au
contraire ce sera peut-être pire.
Pourtant si je comprends bien, le hip-hop
a été pour vous un super moyen douverture ?
Pascal : Cest clair, cest grâce au hip-hop que maintenant
je fais autre chose, du jazz et tout. Parce quaprès avec un copain
on a voulu voir autre chose, pourquoi pas enseigner le hip-hop mais pour enseigner
il faut connaître beaucoup de choses. Lui est resté dans le milieu
hip-hop et moi je suis parti faire dautres choses.
Comment sest fait la découverte
des autres danses ?
Pascal : Jai pris des cours au début et maintenant je
me forme à plein temps. Et je fais du hip-hop le soir.
Sans faire de hip-hop, tu serais allé
faire du jazz ?
Pascal : Je pense pas.
J-P. : Cest une question de mec. Un mec quand il est jeune il
ne dit pas je veux faire de la danse. Il se dit : cest un sport de gonzesse.
Tu vois ce que je veut dire. Et donc il fallait passer par le hip-hop pour
se dire que la danse cest pas un sport de gonzesse et que tu peux faire
de la danse. Au fur et à mesure que tu danses, tu sens en toi quelque
chose qui te pousse à goûter à autre chose, à dautres
styles. Moi ça ma fait ça, je pense que cest comme
ça. .]ai commencé par les sports de combats et puis après
du hip-hop et finalement en pratiquant je me suis intéressé
à dautres danses. Je suis assez ouvert, jessaie toujours
de piquer dautres pas à dautres danses. Le hip-hop cest
un cocktail, alors en prenant à droite à gauche tu arrives à
te construire un style.
Pascal : Le hip-hop, ça va aider à se construire une
personne.
J-P : La danse ça sert à sensibiliser. C'est ce qui manque.
Que ce soit des jeunes de banlieues ou de l'autre coté. Automatiquement
quand le gars de la banlieue il dansera le hip-hop il va être sensibilisé,
il aime ça. Et si ça percute de l'autre coté sur le plan
visuel, moi je pense qu'il y a un échange, c'est le lien, le contact
et c'est ça qui manque, cest ce contact entre les deux. Il y
aura peut-être un. dialogue qui sinstaurera entre les deux.
Et pour conclure ?
J -P. : Le mouvement hip-hop a été créé
aux Etats-Unis pour refuser la violence des gangs et moi jespère
que ça restera comme ça, que ce sera toujours le même
message. Je pense que se sera toujours le même message.