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Sommaire du numéro 14 "Identité culturelle"

Grenoble, place Grenette.

Peinture de Brad HollandUn jeune type tape les passants sur le trottoir. Arrêt, pièce de monnaie et il me parle de sa  vie en France à peu près heureuse qui ne parvient pas à combler une immense soif d’amour (c’est moi qui parle de soif d’amour). Défonce, route de France et d’Europe dans la foulée : d’abord seul et ensuite en couple. Sevrage et projet de permis poids lourds pour devenir chauffeur livreur ; peut-être. Il a moins de 25 ans, ne touche pas le RMI et a tout vécu. Son visage ressemble à celui d’un ami de lycée et nous avions 20 ans à l’époque. Un ami dont je n’ai plus de nouvelles ; brillant, ironique et humain. Trop humain pour rester à flot, mais j’espère me tromper en disant cela. Le copain du trottoir quant à lui me raconte les morts qui ont accompagné sa jeune vie. Un ami le mois dernier à Chambéry, le compagnon ensuite d’une femme qui vient de passer devant nous alors que nous discutions. Elle lui avait lâché deux jours avant : "Tu connaissais R. ? Et bien, tu ne le verras plus. Il est mort." On se salue et je lui souhaite beaucoup de courage pour son projet de réinsertion sachant que des mots de ce genre peuvent parfois faire du bien, mais aussi blesser profondément.
Extrait de mon journal écrit le lundi 6 avril 1998.
Pour conclure, je voudrais ajouter ceci : la souffrance qui découle de l’exclusion est partout ; il suffit d’observer pour la découvrir. Elle se généralise et sera visible sans même que l’on ait besoin d’ouvrir les yeux à l’avenir, tant elle hurlera. Toutes et tous évoquent la réinsertion comme remède miracle à cette grande solitude. Faisons en sorte qu’elle soit la plus appropriée et la mieux adaptée à la demande de la personne larguée. Faisons en sorte qu’elle ne soit pas reçue comme insulte, une de plus, pour l’individu exclu, mais comme une réelle considération de toute sa personne avec ses goûts et ses possibilités. Replacer l’homme au centre de tout.

Jean-Marie DELTHIL