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Sommaire du numéro 14 "Identité culturelle"

Culto-diversité

Qu’en est-il de ma culto-diversité ? Je regarde tout autour de moi : l’Eglise est la bâtisse la plus imposante, la place de la mairie gït à ses pieds avec l’école communale tout au bout. Le médecin tourne en rond près de la fontaine, il est samedi, il est midi, il attend l’instituteur pour aller boire un coup au bistrot de la même place.

Un misérable souffle dans une boïte de conserve aimablement tordue : il en extirpe un son très beau qui fait pleuvoir quelques pièces dans la casquette sur le sol à ses pieds. " Notre idiot du village est bien moins sot que celui du village voisin qui ne marche même pas droit ! "

Bruxelles et des maisons hautes. Il faut monter une chaussée pour prendre de l’altitude et sortir le nez du bitume. L’édifice religieux lointain on le devine imposant, mais une tour de building miroitant est plus haut que les flèches de pierre. Voici la maison des nouveaux seigneurs ; les nouveaux saigneurs ne s’embarrassent pas d’identité : ils te la prennent, la refondent et voilà le petit lapin des nouveaux canons de la beauté architecturale. Ils vous tutoient le ciel, ils vous reflètent une terre magmatique à force d’être mélangée de soleil, de ciel et de poussière.

Un minimum de surface au sol, un maximum de mètres carrés : nous sommes montés. Un défi technologique ? Non ! C’est bon pour les impuissants ce symbolisme phallique primitif. Nous " on a la carte magnétique " et notre société plus belle, plus grande, plus forte en jette à tous les étages. Société SAM’SUFFIT.

Grâce à ses unités complètement harmoniques, où la division des tâches est aimablement compensée par la centralisation des décisions. " Ici, mesdames et messieurs nous sommes au pied, assis, couché du bâtiment de la centralisation des décisions (le dernier étage) et de la gestion divisée des unités (tout le reste). La production était en Corée il y a une quinzaine de jours. " " Le bureau du Docteur No est donc au dernier étage ? " " Il le fut il y a très longtemps : être au dernier étage procure l’immense confort psychologique de savoir ne pas y avoir de toilettes au-dessus de la tête. Docteur No s’aperçut à l’occasion d’un problème de tuyauterie que les odeurs remontaient. Il partit en hélicoptère et ses sbires ne le revirent plus qu’en photographie ou à la télévision ".

Allons, vos papiers s’il vous plait ! Etes-vous compatible IBM ou Mac ? Ma biocultodiversité, je la rêve sans-papiers. Ne risquerais-je pas alors d’être reconduit à la frontière de mes repères en la mettant en un pareil péril ? J’écris sur un papier avec une plume dont l’oiseau est mort à moins qu’il n’ait été de fer : un avion ? Ces gribouillages rampent comme de la vermine, pas droit puisque sans quadrillage.

Demain cette machine universelle nommée ordinateur transformera mon caractère en police (police de caractère). Avec les mêmes touches, les mêmes bits ne finirons-nous pas par tuer la bioculturalité des petits auteurs par le caractère policier de nos outils, trop peu divers ? Que serait le plafond des chapelles si le pigment naturel qui donne cette couleur si bistre qu’on ne le retrouve même pas dans les courbures de niveau des cartes topographiques... si ce pigment du minéral ou du végétal était mort-né d’une maladie biodiverse ?

L’utilisation de l’outil limite la pensée, la " transmettant à mal ", la diluant sous prétexte de la diffuser. Tous ensemble avec les mêmes PC nous finirons par produire les mêmes pensées. Pascal n’est pas Unix et vice et verse-là moi cette rasade de drogue désormais dure qui me permet de croire que tout est possible avec une seule gouge et un seul morceau de bois.

Militants, écrivez à la plume d’oie, d’aigle ou de serpent et vos idées et vos actions changeront car vos outils seront nouveaux ! Biocultodiversité : ce sont nos espèces de salopards qui sont en danger en se radicalisant les unes les autres. En occupant une ASSEDIC au pied levé, par cette agit’prop’ que seul le dernier des maoïstes attardés croirait spontanée, nous usons à défaut d’autre chose des outils d’un certain mai 68 dont l’échec a dépassé toutes mes espérances. Nos idées sont plus fines et plus longues que les matraques de ceux qui ont renoncé. Enfin : nous sommes tous capables et tous responsables.

Jean-Michel