Quen est-il de ma culto-diversité ? Je regarde
tout autour de moi : lEglise est la bâtisse la plus imposante,
la place de la mairie gït à ses pieds avec lécole
communale tout au bout. Le médecin tourne en rond près de la fontaine,
il est samedi, il est midi, il attend linstituteur pour aller boire
un coup au bistrot de la même place.
Un misérable
souffle dans une boïte de conserve aimablement tordue : il en extirpe
un son très beau qui fait pleuvoir quelques pièces dans la casquette
sur le sol à ses pieds. " Notre idiot du village est bien moins
sot que celui du village voisin qui ne marche même pas droit ! "
Bruxelles et des maisons hautes. Il faut monter une chaussée
pour prendre de laltitude et sortir le nez du bitume. Lédifice
religieux lointain on le devine imposant, mais une tour de building miroitant
est plus haut que les flèches de pierre. Voici la maison des nouveaux
seigneurs ; les nouveaux saigneurs ne sembarrassent pas didentité
: ils te la prennent, la refondent et voilà le petit lapin des nouveaux
canons de la beauté architecturale. Ils vous tutoient le ciel, ils
vous reflètent une terre magmatique à force dêtre mélangée
de soleil, de ciel et de poussière.
Un minimum de surface au sol, un maximum de mètres
carrés : nous sommes montés. Un défi technologique ?
Non ! Cest bon pour les impuissants ce symbolisme phallique primitif.
Nous " on a la carte magnétique " et notre société
plus belle, plus grande, plus forte en jette à tous les étages.
Société SAMSUFFIT.
Grâce à ses unités complètement
harmoniques, où la division des tâches est aimablement compensée
par la centralisation des décisions. " Ici, mesdames et messieurs
nous sommes au pied, assis, couché du bâtiment de la centralisation
des décisions (le dernier étage) et de la gestion divisée
des unités (tout le reste). La production était en Corée
il y a une quinzaine de jours. " " Le bureau du Docteur No est donc
au dernier étage ? " " Il le fut il y a très longtemps
: être au dernier étage procure limmense confort psychologique
de savoir ne pas y avoir de toilettes au-dessus de la tête. Docteur No
saperçut à loccasion dun problème de
tuyauterie que les odeurs remontaient. Il partit en hélicoptère
et ses sbires ne le revirent plus quen photographie ou à la télévision
".
Allons, vos papiers sil vous plait ! Etes-vous
compatible IBM ou Mac ? Ma biocultodiversité, je la rêve sans-papiers.
Ne risquerais-je pas alors dêtre reconduit à la frontière
de mes repères en la mettant en un pareil péril ? Jécris
sur un papier avec une plume dont loiseau est mort à moins quil
nait été de fer : un avion ? Ces gribouillages rampent
comme de la vermine, pas droit puisque sans quadrillage.
Demain cette machine universelle nommée ordinateur
transformera mon caractère en police (police de caractère). Avec
les mêmes touches, les mêmes bits ne finirons-nous pas par tuer
la bioculturalité des petits auteurs par le caractère policier
de nos outils, trop peu divers ? Que serait le plafond des chapelles si le
pigment naturel qui donne cette couleur si bistre quon ne le retrouve
même pas dans les courbures de niveau des cartes topographiques... si
ce pigment du minéral ou du végétal était mort-né
dune maladie biodiverse ?
Lutilisation de loutil limite la pensée,
la " transmettant à mal ", la diluant sous prétexte
de la diffuser. Tous ensemble avec les mêmes PC nous finirons par produire
les mêmes pensées. Pascal nest pas Unix et vice et verse-là
moi cette rasade de drogue désormais dure qui me permet de croire que
tout est possible avec une seule gouge et un seul morceau de bois.
Militants, écrivez à la plume doie,
daigle ou de serpent et vos idées et vos actions changeront car
vos outils seront nouveaux ! Biocultodiversité : ce sont nos espèces
de salopards qui sont en danger en se radicalisant les unes les autres. En
occupant une ASSEDIC au pied levé, par cette agitprop que
seul le dernier des maoïstes attardés croirait spontanée,
nous usons à défaut dautre chose des outils dun
certain mai 68 dont léchec a dépassé toutes mes
espérances. Nos idées sont plus fines et plus longues que les
matraques de ceux qui ont renoncé. Enfin : nous sommes tous capables
et tous responsables.
Jean-Michel