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Sommaire du numéro 14 "Identité culturelle"

Citoyen algérien

Entretien avec B. A., Algérien de quarante ans.

Qu’est ce qui a fait que tu décides de venir en France ?
Je suis venu en France à cause de mon pays qui est déchiré, voila. Mais, j’avais un bon poste en Algérie, malheureusement je me trouve ici en France. Depuis 1991, je suis resté ici sans papier difficilement. J’ai demandé l’asile politique. J’ai été débouté par L’OFPRA de Paris. J’ai été débouté, c’est normal, je n’ai pas le statut. Pourquoi je n’ai pas le statut de réfugié ? Parce que je ne suis pas un politicien, je n’ai pas travaillé dans le ministère en Algérie, je n’ai pas travaillé dans l’autorité algérienne. C’est pour cela, si j’étais dans le cadre, j’obtiendrais le statut, mais je n’étais malheureusement que fonctionnaire. Voilà le système en France.
Et ensuite j’ai demandé l’admission au séjour. J’ai eu un refus et une injonction à quitter le territoire. A la suite de la circulaire ministérielle de Jean-Pierre Chevènement, j’ai pu régulariser ma situation en octobre 1997 parce que je rentre dans le cadre de la régularisation des sanspapier.
A l’heure actuelle, je sais qu’il y a trop de demandeurs d’emploi, trop de chômage. Je sais qu’il y a la crise économique ici en France. Mais j’ai trouvé des petites chances avec des employeurs qui m’embauchaient en intérim. J’ai eu des petites missions de travail : un jour, 2 jours, 4H ou 2H par mois mais c’est la galère.
Je n’ai pas trois ans de chômage inscrits à L’ANPE d’après la paperasse de la régularisation. Moi je me suis inscrit à L’ANPE après la régularisation, le lendemain, directement pour être demandeur d’emploi. Et je ne suis pas RMIste parce que je possède la carte d’un an et la carte d’un an elle est renouvelable pendant trois ans, dans trois ans j’aurais la carte de dix ans avec le droit. Mais maintenant c’est très difficile avec une carte d’un an.
J’ai trouvé un travail comme CES, les employeurs sont prêts à m’embaucher. Malheureusement je n’ai pas le droit de travailler comme CES. Car l’ANPE a refusé de donner un avis favorable. D’après les textes législatifs, je ne rentre pas dans le cadre de reclassement professionnel. Ces textes disent qu’il faut trois années de chômage ou être RMIste. Il faut ensuite transmettre la promesse d’embauche de l’employeur et l’avis favorable de l’ANPE à la DDTE pour avoir une dérogation. Alors il faut que je coure et je cours pour faire une lettre de dérogation pour avoir un accord pour un job, un travail CES parce qu’un travail normal c’est dur.
Le travail, c’est fondamental pour vivre ici en France. Un homme qui est ici sans ressources c’est un crime.

Depuis ta régularisation tu n’as ni travail ni indemnisation à aucun titre ?
A aucun titre.

Pourquoi as-tu choisi la France ?Histoire de mon pays, peinture de Nawach Ahmed, 1984.
Parce que je suis né sous les drapeaux de la France, voila. La France était en Algérie depuis 132 ans. J’ai choisi, j’ai dit : « voilà ! je vais en France parce que depuis longtemps je viens 2 ou 3 fois par an et je retourne . C’était bien pour moi l’Algérie, la France, l’Algérie. La France, pour moi c’est une seconde patrie. Je n’ai jamais été dans un autre pays que la France. Une fois, deux fois par an je venais et je retournais à mon poste en Algérie et c’était bien.
Mais après il y a eu trop de changement en Algérie, on a perdu un vrai président voilà. Je ne peux pas vivre en Algérie, je ne peux pas continuer parce qu’il y a des menaces. C’est comme ça, on n’a pas le choix. Le peuple, il meurt tous les jours en Algérie, tous les jours il y a des assassinats, c’est une vie qui est amère.
En France, après, quand on demande la régularisation, c’est pire encore. Ici en France, il y a trop de changement au niveau du gouvernement, de l’administration que je vois c’est pas comme avant. La France c’est fini. Pourtant quand quelqu’un demande et dit : voilà je suis menacé, je ne peux pas vivre en Algérie, je veux vivre ici, c’est un droit de l’homme, c’est une loi. Quand quelqu’un veut vivre en Italie ou en France, c’est un droit parce que c’est une loi. C’est un droit de l’homme et de sauvegarde.
Moi, je ne peux pas continuer comme cela, c’est pour cela que je m’installe ici en France pour vivre, seulement pour vivre. Je ne suis pas un homme, qui est politicien ou agresseur ou un terroriste ou je sais pas quoi.
En fait, je ne veux pas demander à d’autres pays donc j’ai demandé ici sur ce territoire en France, c’est un choix pour moi. Au départ j’ai été dans une très grande souffrance et maintenant ça va avec des papiers parce que maintenant s’il y a des contrôles j’ai des papiers, je suis résident régulier, c’est pas comme avant où je vivais sans papiers, sans identité.
Mais vis-à-vis des yeux de la France, de l’administration française on reste toujours étranger. Moi-même, j’avais un choix dans mon coeur, de m’installer ici en France : je suis né en France. Mais par la suite, c’était la galère. Quand il y avait examen des dossiers, il y a eu des refus. Et après la régularisation, quand je demande à l’administration, il y a toujours refus, refus, refus. Où je vais, où je vais, je suis vraiment débordé, où je vais ? Voila, c’est pour cela que je regrette et que j’ai l’Algérie toujours au coeur.

Si tu devais définir ton identité  ?
Je vais définir : qu’on soit Algérien, Italien, Allemand, qu’on soit n’importe quel citoyen on est sur la terre, on est des frères. On est né et né pour mourir. Moi j’aime pas le racisme en tant que citoyen étranger, on est tout le monde des frères, des êtres humains, j’aime pas la polémique c’est tout.
Je demande que la loi s’applique à tout le monde. Qu’est ce que c’est la fraternité, l’égalité ? Depuis longtemps que je vois cette phrase, j’aimerais bien qu’elle s’applique à tout le monde. Ça me fait mal au coeur, ils disent : " l’égalité" mais c’est pour tout le monde, c’est pour l’ensemble, c’est pas pour un ou deux, sinon c’est la honte. La différence c’est pas bien. Quand on a une loi pour donner à chacun par exemple, tu donnes à moi-même et tu donnes rien aux autres, ça veut dire quoi ? Pour être heureux dans la vie, il faut l’égalité.

Propos recueillis parJL