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Sommaire du numéro 14 "Identité culturelle"

De la circulation du ballon à celle des cultures

Il n'aura pas fallu un mois entre les résultats de la coupe du monde de football, l'euphorie engendrée et les attaques du FN avec la complicité d'une partie de la droite.

Dès le 13 juillet Alain Peyrefitte, dans le Figaro, sous le titre " une leçon ", s'appliquait à démontrer que rien n'était changé : " La France est multiraciale et elle le restera ". Non, la France n'est pas multiraciale pour la bonne raison que le mot race n'est pertinent qu'en zoologie et ne s'applique donc qu'aux animaux. Et cela fait trente ans que la science nous a appris qu'il n'existe qu'une seule espèce, c'est l'espèce humaine. Créer des sous-groupes humains sur la base de la couleur de la peau, de la forme du crâne, ou de toute autre caractéristique physique ou intellectuelle, ne correspond à rien. Mais cet ancien ministre va plus loin et affirme : " Nous, avec plusieurs races, plusieurs ethnies (il persiste dans la confusion), nous avons fait un seul peuple, une seule culture ". Il ne manque plus qu' " un seul chef " et la boucle est bouclée ! Non la culture ne sera jamais unique parce que précisément c'est de la diversité qu'elle se nourrit. La nation française doit être considérée comme le creuset de cultures diverses s'alimentant les unes aux autres en des rencontres, des processus, des produits interculturels.

Sans toutefois se laisser abuser par l' " inter " qui, s'il reste un objectif à atteindre en permanence, est le plus souvent en situation d'infériorité de cultures dominées, face à des cultures dominantes. La bataille pour l'exception culturelle dans le cinéma et la télévision contre la domination américaine est un enjeu très important. La bataille pour l'enseignement des langues minoritaires en Algérie, en France, en Europe et dans le monde en est un autre exemple. Alain Peyrefitte exprime les mêmes craintes que le PS face à la diversité culturelle : la peur qu'elle brise la cohésion sociale : " Nous devons nous méfier de devenir une juxtaposition d'ethnies, c'est-à-dire de cultures refermées sur elles-mêmes comme dans les ghettos ". C'est confondre diversité culturelle et communautarisme.

Ce n'est pas par une " fermeture " communautaire que la création musicale a débouché sur le rap, le reggae ou le raï. Et c'est bien avec la diversité de la composition ethnique de l'équipe de France, ce qui fait enrager le FN !

Alors il s'attaque aux sans-papiers, dont il sait la politique d'hésitation gouvernementale à leur égard. En recommandant les rafles et les camps de concentration ! De la part du seul parti, dont en France, les colleurs d'affiche assassinent des jeunes, ce n'est pas surprenant. Attaque par fax en Savoie, en détournant une chanson d'Y. Duteil contre les Arabes. C'est l'appel au meurtre raciste. Dans la même période Jacques Blanc, président du Conseil régional de Languedoc-Rousillon, élu avec les voix du FN, est admis dans le groupe parlementaire Démocratie libérale d'Alain Madelin. Sachant que Millon n'avait pas été exclu de ce groupe parlementaire, non plus que Soissons, et que ledit groupe parlementaire fait partie du nouveau groupe baptisé UDF-Alliance, on peut penser que la droite française, malgré quelques protestations individuelles, fait alliance structurellement (parce qu'idéologiquement on le savait déjà) avec le fascisme. Un mois après la victoire des bleus ! Décidément le ballon aura circulé plus vite que la diversité interculturelle !

La riposte collective et citoyenne se fera sentir, j'en suis convaincu. Mais encore une fois pas de réaction gouvernementale interdisant le journal pour "atteinte à l'ordre public ". Seules les associations vont partir à la riposte. Va-t-on accepter de garder le FN au pouvoir dans quatre régions de France pendant six ans sans que le gouvernement tente quoi que ce soit ? Le programme du FN publié en 1992 aurait dû suffir à le faire déclarer hors-la-loi. Alors pourquoi s'en tenir à ses seuls statuts ?

Le FN prouve s'il en était encore besoin, combien le sort des sans-papiers est lié à celui de tous les citoyens menacés un jour ou l'autre, par cette société libérale, de faire partie des " sans " (travail, domicile, droits). Car la tentation est grande pour les grands commis de la droite de réaliser l'alliance du fascisme et du fric afin d'empêcher la construction de la pensée plurielle, donc interculturelle, de sociétés démocratiques et antilibérales.

Armand Soler