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Sommaire du numéro 1 (février 1997)

Travaillons moins, travaillons tous et vivons mieux

De 1974 à 1991, l'économie française a vu son nombre d'heures de travail humain diminué de 10%. Avec les gains de productivité permis par les nouvelles technologies, on produit d'avantage de biens et de services en moins de temps. Il fallait 25 heures en 1972 pour monter une Renault 5, aujourd'hui 14 heures suffisent pour la Twingo. En 1950, 5 millions d'agriculteurs parvenaient difficilement à nourrir toute la population française. Aujourd'hui, un million d'agriculteurs produisent plus que les besoins du pays.

Mais la répartition a été imposée de façon inégalitaire. Pour les uns c'est le chômage, les contrats précaires, le temps partiel imposé, les stages parking. Pour les autres, c'est l'intensification du travail, les heures supplémentaires (en 1993, ces dernières ont représenté l'équivalent de 680.000 emplois à plein temps). Ainsi, à durée individuelle du travail inchangée, le nombre d'emplois disponibles se réduit. Et le chômage augmente d'autant plus que la population active continue de croître.

Pour les privés d'emploi, les dégâts sont immenses : o 3 millions de chômeurs inscrits à l'ANPE

o 5 millions de victimes du chômage, de la précarité, de l'exclusion, et près de 12 millions socialement fragilisés.

o près d'un million de RMIstes

o 40% des chômeurs inscrits non indemnisés

o 46% des indemnisés ont moins de 3000 Frs par mois

Cette situation coûte cher à la société : o coût élevé du chômage

o aggravation du déficit de la protection sociale

o développement de la violence, de processus de désocialisation

Les salariés en pâtissent aussi. Le chantage au chômage du patronat lui permet de faire pression sur les salaires, d'accélérer les cadences, d'accroître la flexibilité. La précarité de l'emploi s'étend : 70 % des emplois créés en 1994 sont précaires. Les femmes subissent fortement le temps partiel imposé et les inégalités de salaires. Les immigrés subissent toutes les discriminations.

Il faut changer de logique. La croissance économique ne suffit plus pour réduire le chômage. Depuis 10 ans, les aides et les allègements de charges accordés aux entreprises sans contrepartie alimentent davantage les opérations financières que la création d'emplois. La baisse de l'impôt sur les sociétés de 50 % à 33,33 %, qui devait aider aux créations d'emplois, a bénéficié aux actionnaires et créé un manque à gagner pour le budget de l'Etat. Il n'y aura pas de véritable recul du chômage sans réduction massive du temps de travail.

Il faut : - travailler moins, travailler tous et vivre mieux

- créer des emplois pour satisfaire les besoins sociaux

- améliorer les services publics

Une loi-cadre est nécessaire :.

- pour fixer une référence légale à la durée hebdomadaire du travail : 32 heures maintenant, vers les 30 heures et la semaine de 4 jours avant l'an 2000

- pour définir des moyens de contrôle des salariés, des chômeurs et de leurs organisations sur les créations d'emploi, les conditions de travail, l'organisation du travail

- pour définir des moyens de financement permettant le maintien du niveau de vie des salariés et prenant en compte les diversités de situations financières des entreprises.

Oui mais, qui doit payer ? De 1980 à 1993, le PIB a augmenté de 48 %. Dans les entreprises, la part des salaires dans la richesse produite est passée de 69 % (en 1982) à 61 % (en 1993). Selon l'Insee, 1 % des ménages les plus riches possèdent 20 % du patrimoine global, et 50 % des plus pauvres n'en possèdent que 6 % ! Le nombre des redevables à l'impôt sur la fortune a doublé entre 1985 et 1994. C'est donc une autre répartition des richesses qui doit servir au financement de la réduction du temps de travail, et non une diminution des salaires.

Concrètement :

- l'impôt sur les bénéfices des entreprises pourrait être réévalué de 33,33 % à 40 % (moyenne européenne)

- des mesures de taxation fiscale doivent faire contribuer à la solidarité les revenus du capital et de la spéculation financière

- les tranches supérieures de l'impôt sur le revenu doivent être augmentées

- l'argent servant actuellement à financer le chômage serait libéré

La compensation salariale, c'est moins un problème économique qu'une question de rapport de forces à imposer au patronat par l'action de tous.

Et la concurrence internationale. Puisque l'essentiel des échanges économiques de la France s'effectue avec des pays européens, c'est dans le développement de la dimension sociale de l'Europe qu'il faut trouver les moyens de réguler la concurrence pour favoriser l'emploi. Quant à la concurrence du Tiers-Monde, le problème doit être résolu en prenant en compte les différences sociales dans les contrats commerciaux.

AC ! (Agir ensemble contre le Chômage)