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Sommaire du numéro 1 (février 1997)

Pour qui on se bat ?

En ces temps de réflexion sur la réduction et l'aménagement du temps de travail, on a du mal à savoir dans l'entreprise comment cela va se traduire et on se demande si d'une part les salariés vont pouvoir y gagner réellement en amélioration de leur condition de vie et d'autre part si toutes les mesures imaginées vont permettre de contrer la spirale du chômage.

Aujourd'hui chez Schneider Electric, bastion de l'homme à l'origine du " stage diplômant ", nous sommes dans l'attente et l'interrogation. Le seul exemple concret d'ATT (et non pas de RTT) appliqué dans l'entreprise (sur le site de Moirans) est inquiétant puisque les travailleurs concernés se doivent d'être disponibles au jour le jour en fonction de la charge de travail. De ce fait n'importe qui peut entendre le téléphone sonner entre 5 et 6 heures pour apprendre qu'il faut venir travailler à 7 heures.

La direction reste en black-out total sur ses intentions mais l'on sait que le monsieur commission sociale du CNPF n'est pas particulièrement favorable à l'emploi de la loi de Robien. Alors on se dit que heureusement il y a les syndicats pour nous informer et nous tenir au courant de l'évolution des négociations. Mais justement, c'est là que le bât blesse, ils semblent être partis dans un tout autre combat. La CFDT a ouvert le feu en accusant les autres syndicats et notamment la CGT d'être la cause des 3 millions et demi de chômeurs en refusant de faire avancer les choses et en les laissant sans remède. Si l'on se souvient de certaines des prises de position de Nicole Notat ces derniers temps, on peut se demander en quoi consistent les " remèdes " de la CFDT. De son coté, la CGT très " zen " s'est empressée de répondre face à cette attaque que " Nous aurions certes beaucoup à dire sur le sujet... " mais nous n'en ferons rien pour pouvoir continuer à œuvrer " TOUS ENSEMBLE ", qui chacun le sait est le laïus moderne et replacé à toutes les sauces de ce syndicat qui reste pourtant isolé sur presque toutes les négociations en cours dans l'entreprise. Quant à FO ou la CGC, à part la signature d'accords de branche allant vers l'annualisation et donc la flexibilité à tout va, on ne les entend pas beaucoup et on n'a finalement pas plus envie que ça de les entendre.

sans titrePour ce qui est de l'idée que la RTT va permettre de s'attaquer au chômage, j'émettrai quelques doutes. Rappelons que la loi de Robien a deux versions : la première dite " offensive " qui devrait permettre une exonération de charges pendant 7 ans contre une embauche et un maintien d'emploi pendant deux ans (aucune obligation de CDI bien sûr !) et la seconde dite " défensive " qui va permettre aux entreprises qui désiraient " faire le ménage " dans leurs effectifs de conserver les salariés en échange de ces mêmes exonérations. On ne se pose toujours pas la question de savoir la nécessité réelle de ces plans sociaux de plus en plus importants dans des entreprises qui pourtant dégagent de plus en plus de bénéfices.

De plus, autre perversité de cette loi dans son principe, chaque accord est négociable entreprise par entreprise. Evidemment cela ouvre des perspectives intéressantes en se rapprochant des réalités du terrain mais à terme est-ce-que cela ne signifie pas une perte de contrôle de l'état et donc la voie ouverte à des inégalités encore plus grandes d'une entreprise à l'autre ?

En tous cas, les gens dans l'entreprise sont intéressés par l'idée de réduire le temps passé à travailler ; dans toutes les discussions entre " collègues " s'exprime cette envie de pouvoir profiter de ce temps libre supplémentaire dont on leur parle. Le désintérêt évident pour le combat syndical n'est pas synonyme d'un désintérêt tout court. Alors il est temps que les syndicats arrêtent de déclamer haut et fort qu'ils veulent avancer ensemble pour le bien de tous, tout en faisant le contraire pour répondre à des consignes dictées par leurs appareils. Ce qui est dépassé aujourd'hui et qui éloigne les salariés de la lutte, ce sont ces incessants et ennuyeux affrontements à tel point qu'ils en oublient d'écouter les salariés. Tant que ces conflits existeront, personne ne descendra dans la rue et la terrible spirale dans laquelle le gouvernement nous entraîne ne fera que s'accentuer.

Kaya