Les tenants de l'ultralibéralisme voudraient nous faire croire que la distribution de l'emploi et des salaires s'apparenterait à des jeux à somme nulle. Autrement dit, que tout fragment offert à l'un serait obligatoirement retiré à l'autre ; ou que chaque franc de salaire versé à un individu serait forcément pris dans la poche d'un autre. Une telle conception est absurde.
La simple lecture des journaux nous apprend que le P.I.B. (Produit Intérieur Brut) ne cesse de croître. Lentement peut-être, mais il croît. Les économistes nous apprennent que le P.I.B. représente la somme des richesses produites. Si la valeur des biens et des services produits augmente, il est anormal qu'une part croissante des individus soit exclue de leur production et de leur redistribution. Si les chômeurs et les exclus disposaient d'un emploi, ils participeraient à la production de biens et de services supplémentaires, leur salaire leur permettrait de consommer et donc de favoriser l'activité économique ; ils paieraient des impôts, ils acquitteraient des cotisations sociales, et ils se sentiraient mieux dans leurs baskets en retrouvant une dignité liée à l'utilité sociale.
Dans une telle perspective, il n'est pas déraisonnable d'envisager une diminution du temps de travail pour tous, sans qu'elle s'accompagne d'une perte de revenus. Cette diminution devrait s'opérer sur deux plans. Elle doit d'abord concerner la réduction de la durée hebdomadaire du temps de travail, qui pourrait descendre à 35h, voire moins. Elle doit également se traduire par un abaissement de l'âge à partir duquel il serait possible de partir en retraite avec une pension décente. Il est d'ailleurs paradoxal de constater, alors que la durée de cotisation retraite a été portée à 40 annuités dans le secteur privé, qu'un nombre de plus en plus important de salariés soit contraint de fait à cesser toute activité sensiblement plus tôt. Aujourd'hui, une majorité de salariés du privé partent autour de l'âge de 55 ans, au gré des " plans sociaux ", accords de préretraite et autres dispositifs dont les appellations variées ne servent qu'à ne pas employer les mots de " licenciements collectifs ".
Pour obtenir de telles avancées, il ne suffira sans doute pas de le demander poliment à ceux qui détiennent le pouvoir économique et politique. La recherche du profit maximum à court terme est leur seul objectif, et ils ont besoin pour cela d'une main d'uvre peu chère et si possible divisée. Ce n'est que le rapport de forces imposé par les salariés, les précaires et les exclus ensemble qui parviendra à imposer une autre logique dans les rapports sociaux et humains.
Philippe Rampon