Le 31 mai 1996, le Mouvement Un Travail pour Chacun a tenu une conférence de presse à Paris. Il y a présenté son Mémorandum pour l'emploi qui montre comment financer, sans coût supplémentaire pour la collectivité, 4 millions d'emplois dans un bref délai. Ce document a été remis aux pouvoirs publics et aux partenaires sociaux. En voici la synthèse :
Le Mémorandum pour l'emploi rédigé par Le Mouvement Un Travail pour Chacun est un véritable plaidoyer pour l'emploi, basé sur 4 points :
· une conviction
· une analyse
· une invitation à changer de logique
· des modalités pratiques et des instruments techniques pour atteindre l'objectif " plein emploi - pleine activité "
La conviction : ce n'est pas le travail qui manque, c'est l'emploi
Le Mouvement Un Travail pour Chacun (UTC) constate que le corps social dans son ensemble - dirigeants et dirigés, élus et électeurs - s'est résigné à considérer le chômage comme une fatalité contre laquelle il n'y a pas de solution d'ensemble et d'envergure. C'est cette représentation du chômage qui fonde, aujourd'hui comme hier, les politiques publiques de l'emploi. Ces politiques sont dominées par une seule logique : celle des dépenses publiques passives qui visent à gérer un " stock " de chômeurs sans créer d'emplois.
A cette attitude passive, inhumaine, défensive et trop réactive aux conjonctures, UTC oppose une conviction active et volontariste en agissant sur les structures. La conviction d'UTC consiste à :
· refuser de considérer le chômage comme une fatalité
· refuser de tirer un trait sur des millions de personnes
· affirmer que le travail n'est pas plus rare que l'eau que nous buvons et que l'air que nous respirons
· rappeler que la République, qui a permis l'école pour tous au XIXème siècle, peut, aujourd'hui, permettre l'emploi pour tous
· préconiser un compromis national, de portée historique, sur l'emploi.
Ce compromis, résumé dans le Mémorandum pour l'emploi, n'a de sens et surtout d'efficacité que s'il est engagé :
· dans une logique d'investissement pour l'emploi
· de manière massive et globale
· dans le cadre d'un effort national et d'une large concertation
· sur un laps de temps suffisamment long pour obtenir des résultats et un retour sur investissement.
Cette conviction n'est pas une profession de foi. Elle résulte d'une analyse précise des dégâts que provoque le chômage dans la société.
L'analyse : le chômage est la cause directe ou indirecte de la plupart des difficultés que connaît la société française
Onze difficultés sont répertoriées par UTC. L'analyse scientifique comme le bon sens les attribuent directement ou indirectement au chômage. De plus, ces 11 difficultés sont liées les unes aux autres, ce qui rend vain leur traitement séparé :
· le déficit de la Sécurité Sociale
· la démotivation des salariés qui souffrent de la menace permanente du chômage pour eux et leurs proches
· les difficultés financières des collectivités locales dont les budgets sociaux explosent
· le manque de confiance généralisé en l'avenir
· l'évaporation fiscale due au travail au " noir ", la fraude, etc.
· les graves problèmes des banlieues et des villes où tous réclament du travail
· les dérèglements sociaux et les comportements déviants
· la croissance qui est bridée.
Aucun de ces problèmes ne peut être réellement réglé indépendamment des autres. Le chômage étant peu ou prou à l'origine de tous ces problèmes, c'est en adoptant une démarche globale, massive et active de lutte pour l'emploi, que l'on réglera l'ensemble de ces problèmes de manière significative.
L'invitation à changer de logique : investir pour l'emploi
L'autre logique, celle que défend UTC, repose sur une idée forte : l'investissement pour l'emploi. Investir pour l'emploi, ce n'est pas une dépense, c'est un investissement. Progressivement, et selon des modalités précises, l'investissement pour l'emploi viendrait se substituer au financement de l'inactivité. Ce changement de logique est déjà à l'uvre, mais de manière encore trop timide, par exemple dans la création, par les partenaires sociaux, du Fonds paritaire d'intervention pour l'emploi (FPIE).
La logique de l'investissement pour l'emploi repose sur la logique de l'investissement tout court, c'est-à-dire sur un engagement dont le but est d'obtenir une valeur supérieure à la mise initiale. Il ne s'agit pas de partager le travail et la richesse existante, mais de créer de nouvelles richesses et de valoriser les ressources humaines. L'investissement pour l'emploi vise donc, sans accroître les dépenses publiques, à réorienter l'ensemble des dépenses publiques vers la création d'activités et de richesses nouvelles.
Les quatre composantes de l'investissement pour l'emploi sont les suivantes :
· l'activation des dépenses " passives " du chômage
· une profonde réorientation des dépenses publiques
· le réinvestissement dans l'emploi d'une partie des bénéfices liés aux dynamiques sociales et économiques provoquées
· le développement de stratégies de coopération entre l'Etat, l'Union européenne, les collectivités locales et les partenaires sociaux, notamment dans le cadre de l'UNEDIC.
Le Fonds paritaire pouvant être l'instrument de cet investissement pour l'emploi, il jouerait le double rôle :
· de collecteur des ressources existantes
· de financeur des projets et activités créateurs d'emplois.
Le Mémorandum pour l'emploi détaille chacune de ces composantes et montre comment, en faisant transiter les dépenses publiques par le Fonds paritaire, on les transforme de dépenses passives en dépenses actives, en ce sens qu'elles iront financer des activités elles-mêmes génératrices de richesses supplémentaires, brisant ainsi le cycle :

Au total, l'investissement pour l'emploi est " rentable " et peut se résumer par la formule publicitaire qu'utilise de ministère du Travail : " Quand un chômeur retrouve un emploi, des dizaines d'entreprises retrouvent un client. "
Des modalités pratiques et des instruments techniques pour atteindre l'objectif plein emploi - pleine activité
Les rédacteurs du Memorandum pour l'emploi ont pris un exemple chiffré qui consiste à imaginer un plan de financement pour créer 4 millions d'emplois sur 3 ans. Cet exemple montre qu'il faut trouver 408 milliards de francs (102.000 francs de salaire annuel x 4 millions). Cela représente 5% du PIB. Cette somme est aisément mobilisable auprès de l'UNEDIC, de l'Etat, de l'Union européenne, des collectivités locales, dans le cadre des dispositifs existants, donc sans aucune révolution législative ou réglementaire. En imaginant que les 4 millions de travailleurs sont issus pour 500.000 d'entre eux des actuels CES, pour 750.000 des allocataires du RMI, pour 2 millions des demandeurs d'emploi (ASSEDIC) et pour 250.000 d'autres catégories, on peut imaginer l'impact sur l'économie et sur la société qu'aurait cette arrivée de nouveaux consommateurs, producteurs, citoyens. Il y aurait là un énorme retour sur investissement.
Le raisonnement n'est nullement utopique puisque le Memorandum montre où et comment on peut trouver les 408 milliards. Le Fonds paritaire serait l'instrument de gestion de ces 408 milliards dans une logique d'investissement pour l'emploi. A partir de là, il convient d'initier une réduction du temps de travail sans perte de salaire avec en contrepartie des embauches nouvelles financées par le Fonds paritaire. A cette mesure viendrait s'ajouter la création massive d'emplois dans le secteur non marchand. Ces emplois seraient créés à l'échelle des bassins d'emplois et de vie afin de répondre à des besoins réels et locaux.
Cette approche évite le piège des faux débats sur la réduction du temps de travail et sur la " solvabilisation " des activités non marchandes. Au " Qui va payer ? ", UTC offre une réponse. De plus, en appelant à créer des emplois dans le secteur non marchand, au plus près des lieux de vie et des besoins locaux, UTC cherche à coller aux spécificités locales et à revivifier les territoires.
Frédéric Maurin UTC, BP 196-07, 75326 Paris CEDEX 07