Si on observe les relations qu'entretiennent les hommes avec les autres animaux, on se rend compte rapidement que ceux-ci ne sont que des objets, disponibles pour satisfaire les moindres désirs de l'animal humain ; même si une certaine exploitation fut autrefois vitale à l'homme (pour se nourrir et se vêtir), ce n'est plus le cas actuellement. Cependant l'exploitation de l'animal a considérablement augmenté. De fait, elle s'appuie sur une idéologie bien précise : le spécisme. Le spécisme est à l'espèce ce que le racisme et le sexisme sont respectivement à la race et au sexe : la volonté de ne pas prendre en compte, ou de moins prendre en compte les intérêts de certains au bénéfice d'autres, en prétextant des différences, réelles ou imaginaires, mais toujours dépourvues de lien logique avec ce qu'elles sont censées justifier. Plus concrètement, on exploite les animaux parce qu'ils n'appartiennent pas à l'espèce dominante. Si le spécisme peut-être considéré comme une attitude évidente et non discutable par un si grand nombre, c'est parce qu'elle est légitimée et masquée par notre culture.
Manger de la viande est un acte socialement reconnu ; s'il fut autrefois le privilège de quelques-uns, l'industrialisation de l'élevage des animaux a mis la viande à portée de tous, et quelque part, manger de la viande, c'est s'intégrer. Cette attitude se répercute sur l'enfant quand il comprend que le steak qu'il mange est en fait un morceau de cadavre animal, il a généralement une attitude de rejet face à la viande. Mais ses parents s'empressent de le normaliser en lui expliquant qu'il est normal de manger des animaux puisque les animaux se mangent entre eux. Ils ne lui précisent évidemment pas que lui, contrairement aux autres a la possibilité de se demander s'il est en droit de le faire, d'autant plus que ce n'est pas chez lui un besoin mais un luxe.
Plus généralement, on observe deux attitudes antagonistes envers les animaux, aussi irrationnelles l'une que l'autre : ou bien on " n'aime pas les animaux ", on éprouve donc un sentiment envers une entité (j'aime pas les femmes, j'aime pas les arabes, etc.) ou bien on " adooooore les animaux ", c'est-à-dire qu'on éprouve de l'attendrissement envers une espèce bien précise (les bébés phoques) tout en portant des chaussures en peau de vache et cautionnant des discours sur l'inégalité des races, et ayant donc une attitude de discrimination, tout à fait dans la logique spéciste. En effet, l'homme a " coupé les animaux en deux " : il y a d'un coté les animaux qu'il "aime " et " respecte ", les autres sont pour lui du matériel de consommation. Nous pouvons nous interroger sur la validité de ce classement, et surtout sur ses fondements, car on sait par exemple que l'intelligence et la sociabilité du chien et du cochon, élevés dans un milieu identique, sont les mêmes ; pourquoi donne-t-on des pilules à l'un qui a mal à sa papatte, et déguste-t-on l'autre avec une raclette ? De plus, on sait que ces jugements sont totalement éthnocentriques.
L'antispécisme, comme l'indique son nom, s'oppose à cette culture basée sur l'exploitation de l'animal par l'homme. Il ne repose pas sur l'égalité de tous les animaux (dont l'homme) mais repose sur leur égalité devant la souffrance. Nous savons maintenant que les animaux, comme les hommes, et contrairement aux végétaux, possèdent un système nerveux qui permet de penser qu'un cochon n'est pas moins sensible à la douleur physique qu'un homme (il faut préciser que l'antispécisme n'est pas basé sur le respect de la vie car on tente parfois de faire un amalgame avec les opposants à l'avortement). Il serait faux de dire que l'homme exploite les animaux parce qu'ils ont une intelligence moins développée que la sienne car dans cette logique, il ferait du saucisson avec un débile profond.
De fait, l'homme privilégie les intérêts de ceux qui lui ressemblent, qui appartiennent à la même classe que lui. Ainsi, il rejette et exploite ceux qui sont différents de lui ( les animaux, mais aussi et selon le même principe les femmes, les noirs, ceux qui ont le moins d'argent, ceux qui n'ont pas la bonne sexualité, etc.).
L'antispécisme passe donc évidemment par certaines pratiques. La plus courante est le végétarisme. Nous avons maintenant les moyens de nous alimenter de manière complète, et généralement moins onéreuse, sans viande. Il faut savoir que la viande n'est pas indispensable à l'organisme, au contraire, elle comporte beaucoup de graisses qui lui sont néfastes ; dans les pays occidentaux, notre régime est surabondant en protéines et il faut rarement faire des efforts pour compenser. Cependant, le végétarisme n'est pas une fin en soi et l'antispécisme prend en compte l'exploitation de l'animal à tous les niveaux (alimentaire, vestimentaire, scientifique, culturel, chasse, zoo).
L'antispécisme apparaît souvent comme une " lutte de bas échelon " ; pourtant boycotter les produits de la souffrance animale n'empêche en aucun cas de tenter de mettre un terme à la souffrance humaine car, de fait, c'est refuser d'exercer soi-même une oppression quotidienne, et cette logique reviendrait à dire " je tape ma femme, parce que l'exploitation des ouvriers, c'est plus important que l'antisexisme ". On entend aussi parfois que "un somalien serait bien content d'avoir un steak à bouffer ". Les personnes qui disent cela sont bien souvent des petits blancs occidentaux qui ont rarement l'assiette vide. Et il faut savoir que les habitants du Tiers-Monde n'ont pas de quoi à manger parce qu'ils doivent exporter les céréales qu'ils produisent pour nourrir le bétail des occidentaux. Comme indication, on peut noter qu'il faut 25 fois plus d'eau pour produire 500 grammes de viande que 500 grammes de légumes. C'est donc le fait de manger de la viande en occident qui, entre autres, génère et perpétue la malnutrition dans le monde.
Le fait de dire d'une cause qu'il y a des choses plus graves consiste à établir une échelle de valeur dans la souffrance, l'exploitation, toujours en considérant comme primordial ce qui nous est le plus proche, en essayant finalement, en aidant celui qui nous ressemble, de se dire qu'on est vraiment les plus importants
Il est vrai que le système économique actuel est basé sur l'oppression et que, quoi que l'on fasse, il y aura toujours quelque part quelqu'un qui meurt pour notre bon plaisir de consommateur. Cependant nous n'avons pas de baguette magique, nous n'avons pas la possibilité de changer instantanément l'ordre des choses. Simplement dans notre quotidien, nous avons le pouvoir de modifier notre comportement, et d'influer sur notre entourage, et c'est pourquoi nous devons absolument mettre en pratique nos belles théories : tout comme il est aberrant de se déclarer contre le racisme et de s'engueuler à coup de " pédé " ou " enculé ", et donc d'effectuer une discrimination sexuelle, il est contradictoire de " lutter contre l'oppression " et de réduire en esclavage et tuer des milliards d'êtres chaque année pour notre seul plaisir d'humain dominant.
Le racisme, le fascisme, le sexisme, le nationalisme, le capitalisme, l'homophobie, le patriarcat, l'intégrisme religieux, le spécisme, etc. nous oppressent quotidiennement ; mais notre quotidien, lui, nous appartient, et il ne tient qu'à nous de le changer concrètement.
Anaïs