L'hiver, c'est toujours pour la presse la belle saison des marronniers. Un petit sujet sur le caviar, un reportage sur le père Noël, une visite dans un grand magasin de jouets, et surtout l'annonce quasi quotidienne, quand le froid le permet, d'un nouveau cadavre de pauvre, mort d'hypothermie. Ce qui permet toujours à nos souriants journalistes de prendre la mine grave de circonstance sans transition et de faire quelques belles phrases, bien senties.
Mais en cette fin d'année 96, une lancinante question hantait nos élites médiatiques : " Peut-on obliger un SDF à s'abriter quand il fait froid dehors ? ". Et à chaque fois on a eu droit à un petit sujet sur un centre d'hébergement où il reste plein de place pour recevoir encore et encore des pauvres. On a souvent vu à cette occasion un ministre à l'écoute d'un pauvre. Le tout finissant toujours sur une parole de SDF qui expliquait pourquoi il préférait la rue à n'importe quel centre d'hébergement.
Et le tour est joué. Habile passe-passe façon 96. Les années précédentes, seul le froid était publiquement rendu responsable de la mort de ceux qui n'ont plus de quoi se loger. C'était plus facile à condamner que l'organisation économique et sociale, l'anticyclone plus facilement critiquable pour un journaliste du 20h que le libéralisme contemporain. Depuis cet hiver, en plus de la responsabilité transcendantale du froid, le comportement des SDF eux-mêmes est dénoncé par nos gracieux journalistes. Si les pauvres meurent de froid, c'est parce qu'ils le font exprès, en refusant d'aller se mettre au chaud. Par manque de savoir-vivre. Comportement incivique ou inconscience des SDF ? Comme commentait un journaliste en fin de reportage, histoire de bien enfoncer le clou : " Difficile de trouver une solution pour ces marginaux qui s'excluent d'eux-mêmes.".
Dès lors, le SDF semble refuser l'ordre établi. Il devient donc légitime de l'écarter des centres urbains et touristiques l'été, de le parquer l'hiver dans des centres d'hébergements. La répression sociale des pauvres semble se mettre en place. Certains medias travaillent déjà à son explication.
Acedic Dead