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Sommaire du numéro 1 (février 1997)

Edito

Au regard de la crise économique qui continue encore à s'étendre, du chômage et de la précarité qui s'installe, la question de l'organisation du travail est primordiale.
Sous la pression de cette crise, les différents partenaires sociaux et l'État entreprennent débats, négociations et s'affrontent parfois durement dans certains secteurs.
Le projet d'une partie du CNPF. et du gouvernement prône un modèle où le code du travail serait considérablement allégé, avec pour objectif de simplifier encore les procédures de licenciement, d'annualiser le temps de travail, de développer les CDD.
Tout cela, au nom de la "flexibilité", dressée en totem de la nouvelle économie, avec comme risque au bout du compte -d'accroître encore la précarité.
Les organisations syndicales ouvrières semblent être sur la défensive, et bien que leurs positions divergent quant à savoir qui doit en supporter le coût, elles conçoivent la réduction du temps de travail comme un moyen de partage des emplois. Une réponse quasi thérapeutique à une situation intolérable, certes, mais qui laisse tragiquement de côté toute revendication positive que pourrait légitimement exprimer la population mondiale pour travailler moins ou différemment
Pour notre part, il nous semble qu'aborder les questions de l'organisation du travail, de la flexibilité, de la diminution des horaires de travail, de l'âge de la retraite... sans poser avant le problème de la répartition des richesses à l'intérieur d'une population, entre pays riches et pays pauvres ou même entre entreprises internationales et P.M.E. locales... sans poser non plus la question de la propriété des capitaux et l'usage qui en est fait... concourt à décrire la situation présente comme une fatalité à laquelle chacun doit s'adapter : les citoyens, les économies nationales, les États. Pire, c'est se résigner à accepter sans combattre certaines aberrations de l'organisation économique et sociale actuelle :

Ainsi, quand une P.M.E. propose à ses salariés l'application de la loi de Robien (baisse des horaires avec baisse des salaires accompagnée de quelques embauches supplémentaires), cette entreprise tente par un artifice légal de restaurer ses marges bénéficiaires perdues au profit de la finance internationale. Le débat qui s'ensuit dans l'entreprise, pour passionnant qu'il puisse être, consiste pour l'essentiel à partager la même masse salariale entre un plus grand nombre de salariés.
Le rappel de ces quelques réalités montre que l'essentiel des richesses est accumulé par les entreprises internationales et la finance mondiale au détriment des économies nationales et des populations.
L'organisation du travail qui découle de cet état économique du monde laisse trop peu de place à l'humain. Or, il fondamental de le replacer au centre de la problématique économique et sociale.
Il est alors impératif de poser une série de questions apparemment naïves : Tant que ces questions ne seront pas prises en considération, tant que spéculer rapportera plus que d'investir dans des projets humains concrets, tant que les politiques ne prendront pas de mesures pour taxer les mouvements financiers, tant que notre gouvernement voudra transformer les retraites en fonds de pension gérés par les grandes institutions de la finance internationale, tant que les salariés continueront de "placer" leurs petites économies sans contrôle, et tant qu'ils ne poseront pas la question de la propriété et de la gestion de leurs entreprises,... les citoyens, malgré les alternatives politiques de chaque élection, se partageront les miettes.