Edito
Au regard de la crise économique qui continue
encore à s'étendre, du chômage et de la précarité
qui s'installe, la question de l'organisation du travail est primordiale.
Sous la pression de cette crise, les différents partenaires sociaux
et l'État entreprennent débats, négociations et s'affrontent
parfois durement dans certains secteurs.
Le projet d'une partie du CNPF. et du gouvernement prône un modèle
où le code du travail serait considérablement allégé,
avec pour objectif de simplifier encore les procédures de licenciement,
d'annualiser le temps de travail, de développer les CDD.
Tout cela, au nom de la "flexibilité", dressée en totem de la
nouvelle économie, avec comme risque au bout du compte -d'accroître
encore la précarité.
Les organisations syndicales ouvrières semblent être sur la défensive,
et bien que leurs positions divergent quant à savoir qui doit en supporter
le coût, elles conçoivent la réduction du temps de travail
comme un moyen de partage des emplois. Une réponse quasi thérapeutique
à une situation intolérable, certes, mais qui laisse tragiquement
de côté toute revendication positive que pourrait légitimement
exprimer la population mondiale pour travailler moins ou différemment
Pour notre part, il nous semble qu'aborder les questions de l'organisation
du travail, de la flexibilité, de la diminution des horaires de travail,
de l'âge de la retraite... sans poser avant le problème de la
répartition des richesses à l'intérieur d'une population,
entre pays riches et pays pauvres ou même entre entreprises internationales
et P.M.E. locales... sans poser non plus la question de la propriété
des capitaux et l'usage qui en est fait... concourt à décrire
la situation présente comme une fatalité à laquelle chacun
doit s'adapter : les citoyens, les économies nationales, les États.
Pire, c'est se résigner à accepter sans combattre certaines
aberrations de l'organisation économique et sociale actuelle :
- Les richesses accumulées par le travail de
la population mondiale (la "bulle financière") représentent
une masse monétaire égale à plus de 50 fois les échanges
commerciaux annuels de la planète.
- Une part de ces richesses est détenue par
une minorité infime : les 358 personnes les plus riches du monde
détiennent autant de richesses que les 2,3 milliards de personnes
les plus pauvres de la planète !
- La plus grosse part de cette bulle financière
est alimentée par l'épargne des salariés et des petites
entreprises (fonds de pension américains et japonais, épargnes
populaires diverses mobilisées par toutes les institutions financières
: banques, assurances, etc.).
- Cette "bulle financière" colossale est manoeuvrée
par une minorité d'acteurs, sans contrôle des États
(et encore moins des populations).
- Plutôt que ces richesses soient investies dans
l'économie réelle, ces masses monétaires servent de
levier pour extraire encore plus de richesses, par la spéculation
contre les économies nationales, sur les monnaies et sur les matières
premières (le 16 septembre 1992, en l'espace de 24 heures, Georges
Soros empoche 1 milliard de dollars en spéculant sur la livre sterling).
- Par les jeux de fusion et de concentration des capitaux,
les entreprises internationales détiennent un bonne part de la production
mondiale : les 200 plus grandes entreprises internationales représentent
25% de l'activité économique mondiale mais n'emploient que
0,75% de la main d'oeuvre mondiale.
Ainsi, quand une P.M.E. propose à ses salariés
l'application de la loi de Robien (baisse des horaires avec baisse des salaires
accompagnée de quelques embauches supplémentaires), cette entreprise
tente par un artifice légal de restaurer ses marges bénéficiaires
perdues au profit de la finance internationale. Le débat qui s'ensuit
dans l'entreprise, pour passionnant qu'il puisse être, consiste pour l'essentiel
à partager la même masse salariale entre un plus grand nombre de
salariés.
Le rappel de ces quelques réalités montre que l'essentiel des
richesses est accumulé par les entreprises internationales et la finance
mondiale au détriment des économies nationales et des populations.
L'organisation du travail qui découle de cet état économique
du monde laisse trop peu de place à l'humain. Or, il fondamental de le
replacer au centre de la problématique économique et sociale.
Il est alors impératif de poser une série de questions apparemment
naïves :
- Pourquoi l'homme travaille-t-il et produit-il ?
- Quels buts et quels moyens une société
-et non quelques opérateurs- veut-elle assigner à son économie
?
- Quelle place la société doit-elle accorder
à la technique ou à la science ?
- Comment penser la production ?
- Qui contrôle les choix économiques et
techniques ?
Tant que ces questions ne seront pas prises en considération,
tant que spéculer rapportera plus que d'investir dans des projets humains
concrets, tant que les politiques ne prendront pas de mesures pour taxer les
mouvements financiers, tant que notre gouvernement voudra transformer les retraites
en fonds de pension gérés par les grandes institutions de la finance
internationale, tant que les salariés continueront de "placer" leurs
petites économies sans contrôle, et tant qu'ils ne poseront pas
la question de la propriété et de la gestion de leurs entreprises,...
les citoyens, malgré les alternatives politiques de chaque élection,
se partageront les miettes.