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Sommaire du numéro 1 (février 1997)

Démocratie

La démocratie est le pire des systèmes politiques, à l'exception de tous les autres. Délégation de pouvoirs et démocratie - Information et démocratie - Pouvoir économique et financier face à la démocratie.

Première partie: lecture des articles les gueux N°8

1- JER, " De quelle démocratie parlons-nous ? "

o La démocratie meurt des atteintes répétées au(x) Droit (s de l'Homme), à la Liberté, à l'Egalité, à la Fraternité : ceux à qui le peuple mandate le pouvoir par leur vote gardent le pouvoir et oublient le mandat.

o Ayant délégué son pouvoir, le peuple se tait. Les plus indignés votent ou militent pour " une ligue raciste et barbare qui amènera l'ordre ". Exit la démocratie.

o Luttons, hurlons, dénonçons : pouvoir direct, manifs, pouvoir aux journalistes... et pourquoi pas... la révolution ! Exit la démocratie.

Conclusion : la démocratie est le pire des systèmes...

2- Martin, " A propos de la délégation de pouvoir " (et aussi le Normand et A-M. Chartier)

o Telle qu'elle fonctionne, la démocratie fabrique des notables, et même une pyramide dont le personnage sommital, oh dérision! délègue à ses adjoints une partie du pouvoir qu'on lui a confié. Ainsi, plus on vote plus on s'éloigne des décisions (sauf à voter pour soi).

o Il " faut donc se saisir de ses propres affaires avec détermination ". Est-il seulement " difficile de reprendre possession de ce qui est à soi "? Faut-il " casser totalement ce fonctionnement et créer de nouvelles [formes d'organisation] plus horizontales, consensuelles et totalement acentriques " ? Ou doit-on poser la question de " la légitimité des inégalités matérielles et [..] d'accès au savoir " ?

o puis-je ajouter mon grain de sel ? Si on défend le droit à chacun de s'exprimer, d'agir à sa guise on est soit anarchiste (pas de structures) soit tenant du ... libéralisme économique. Allons-y pour la loi de la jungle, le droit du plus riche, du plus roué, du moins honnête.

Conclusion : il faut dépasser l'individu pour organiser la vie sociale. La démocratie est une des formes de structure du collectif, celle qui se donne pour objectif de donner la parole à chacun, soit par le vote soit par la discussion de tous réunis. Le collectif peut être la famille, la tribu (se renseigner sur la société traditionnelle au Zaïre) ; la commune, la région, la nation, une union d'états ; l'entreprise, l'association, le parti, le syndicat, la confrérie, l'église, la secte...

J'étais étudiant en mai 1968 : je me dois de vous faire partager les acquis de l'expérience, de la maturité. Mais je suis un démocrate, je ne veux pas du pouvoir : je ne vous imposerai pas de conclusion.

Parce que le propre de l'homme est de s'adapter à tout environnement : il se satisfait d'un sort minable, de l'obéissance, pourvu qu'on l'ait éduqué. L'exercice du pouvoir par l'élu, l'ancien, éduque les autres à la passivité.

 

Seconde partie: démocratie et puissance publique.

1- Les journalistes et les juges.

Avez-vous remarqué comme les grands financiers s'achètent journaux, radios et télévisions ? Pour mieux imposer aux citoyens les idées qui confortent leur pouvoir, qui accroissent leur fortune. Il y a donc un pouvoir des media, pouvoir d'influence qui s'exerce sur les esprits passifs. Les esprits critiques, désireux de leur autonomie, ont encore la possibilité d'acheter (et même de soutenir financièrement) quelques rares organes libres.

Beaucoup plus sournois est le pouvoir d'information sur des affaires à caractère judiciaire. On est particulièrement sensible au sensationnel, au sentimental, surtout le soir, quand le corps est las. Et la télé de refaire des enquêtes, de condamner ou d'absoudre, par l'attitude, le ton, de juger en un mot. De choisir dans chaque journal d'information le sujet le plus sanguinolent, le plus émouvant, le plus en accord avec le patron, d'éduquer en un mot. Avec cette petite touche d'humour complice qui fait craquer le plus endurci ! Les juges peuvent prendre le pouvoir : le public est mûr, le politique est véreux, (aimez-vous la fine allusion à certaine pomme?). Vous avez tous applaudi à l'opération " mains propres " en Italie, et moi aussi. Vous aimeriez aider les juges courageux de l'appel de Genève, moi aussi. Peut-être riez-vous un peu jaune aux dérives du " jurisme " aux USA (chez nous dans dix ans), de l'attaque systématique des médecins, des collègues, des chefs, par des malades mal soignés, des " victimes de harcèlement ", des salariés mécontents. Ils sont manipulés par des avocats tous puissants, avec l'aide des médias à sensations. Ils sont avides de l'argent facile... l'argent-roi pour moi, enfin ! Parce que, ne l'oubliez pas, le système judiciaire n'est pas démocratique. Le vote des lois est un exercice parfois démocratique : mais le juge a pour seul rôle de faire appliquer la loi, c'est à dire le système en vigueur de gestion collective nationale. Par quelle dérive de la Démocratie un juge peut-il être le garant de cette Démocratie ? Applaudissez-vous encore les juges italiens ? Ou attendez-vous Godot, un nouveau De Gaulle, le sauveur qui restaurera la Puissance Publique ? Toujours pas de conclusions.

2- L'entreprise, l'économie.

Depuis mai 1968 je suis salarié : j'ai travaillé 8 heures par jour, cinq jours par semaine dans une Entreprise. C'est dans ce lieu que je passe le plus clair de mon temps d'activité, c'est surtout là que je contribue à la marche de la grande collectivité, mon Pays, mon Europe, mon Humanité. Or, là, pas de démocratie : structure hiérarchique pyramidale, Directeur nommé par le " Groupe ". Objectifs de " production ", de " chiffre d'affaires ", organisation du travail, de la " communication " sont décidés d'en haut. Je suis une " Ressource Humaine ". Jusqu'en 1983 ou 84, des progrès considérables avaient été votés : contrôle par le Comité d'Entreprise de la santé économique, des objectifs. Négociations d'accords d'entreprise, de Conventions Collectives avec les syndicats. Ce n'était pas de l'autogestion, ni même de la cogestion, mais de la démocratie. Patatras après la démission (toute morale!) des Socialistes : je me souviens de l'événement clef, la suppression par Jacques Chirac de l'autorisation administrative de licenciement. La Direction a restructuré, chassé les plus critiques, mis en place ses courtisans. Les syndicats ont disparu, le CE sert de centre de loisirs. Enfin, pas tout à fait : précisément ces temps-ci (grandes grèves sympathiques, syndicats alternatifs-SUD), un sursaut à réveillé le syndicalisme moribond, et aussi le CE. Que va-t-il en sortir ? Ceci a-t-il un rapport avec ce qui suit sur l'Economie ?

L'économie n'a rien à voir avec la démocratie, ni même avec la politique : l'économie ne gère pas l'individu dans la société, mais organise des flux de marchandises et d'argent. Il s'agit plus ou moins d'une science, la démocratie est une idée (un idéal) et un système politique. Ce que l'on appelle " libéralisme économique " est donc une chimère, l'hybridation monstrueuse d'une science et d'une idée. Quelle confusion mentale peut conduire des peuples à se référer à cette absurdité? Comment se fait-il que personne ne s'avise de la parenté avec une autre chimère de sinistre mémoire, celle qui a greffé sur un système politique la pseudo-science des races ? Relisez aussi 1984, d'Orwell : il ne s'était pas trompé de date, le bougre ! Faut-il que nos hommes politiques, tout à leur ambition de pouvoir, soient aveuglés par leur soumission au grand capital pour se crisper ainsi dans l'erreur. La pensée unique n'est pas seulement un leurre pratique pour asservir le peuple : c'est une tyrannie qui tue. Elle tue nos voisins " en développement ", qui déferleront un jour sur nos richesses. Elle tue nos enfants, qui deviennent de plus en plus violents. Elle tue la société, car déjà nos campagnes sont vides et bientôt les riches se retrancheront dans des cités-forteresses. Elle a déjà tué notre hospitalité, notre tradition d'accueil de l'étranger.

Vous savez ce qui m'a remis en route ? C'est la brusque conscience, hors de France, d'avoir honte de mon pays.

Puis-je suggérer un embryon de conclusion en associant cette confusion mentale et la disparition de la spiritualité ? Un consommateur, une ressource humaine peuvent-ils penser ? 0n gestionnaire financier peut-il croire ? Pourtant on assiste à la renaissance d'actions syndicales, à la multiplication des associations, à la vogue des adhésions aux religions et aux sectes les plus exotiques. Faut-il y voir plus que les errances stériles d'individus désorientés, sans espérance et abrutis par le matraquage des pseudo-idées du " Libéralisme Economique " ?

C'est bien tous ensemble, tous conscients, tous debout, que nous réinventerons la Démocratie. Toi, oui toi qui me lis, tu commences par où, dis ?

Olivier Cayla