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Sommaire du numéro 1 (février 1997)

Constitution d'un Comité de lutte
des universités contre la précarité

Le personnel de la fac avait décidé, lors de la grève de décembre 1995, d'agir contre les emplois CES. Rien n'a été fait depuis à ce sujet. Or il n'existe pas d'emplois plus scandaleux. A l'Université Pierre-Mendès-France, il y a 96 CES en ce moment, dans le même temps où des postes de collègues de l'administration partant à la retraite sont supprimés ; en outre, il est question aussi de supprimer les postes aux concours (si ce n'est déjà fait). Quelle riposte à cela ?
Qu'est-ce qu'un CES ? Par décret du 30/01/90, le gouvernement PS nous faisait ce cadeau empoisonné, comme en 1984 avec les TUC. Il s'agit d'un emploi à temps partiel, pratiquement pour des adultes de tous les âges aujourd'hui, proposé pour 3 mois à 1 an à des personnes qui ont souvent une haute qualification. Il est payé 3298,17 Frs brut et 2763,70 Frs net, la différence venant des cotisations salariales d'un montant de 443,6 Frs, de la CSG : 75,2 Frs, du RDS : 15,67 Frs, des cotisations patronales : ? ? point. Ce sont des emplois interdits par la loi dans les services de l'Etat mais recommandés par les ministres… Emplois faits pour acquérir une formation, mais dépourvus de formation… Emplois ne pouvant se substituer à un emploi permanent, mais explicitement crées dans ce but : exemple à l'UFR (Unité de Formation et de Recherche) de sciences-économiques, " on " recherche entre autre un CES pour n'avoir pas à mettre un collègue en poste permanent à la reprographie, ce qui était le cas il y a peu ; ou encore " on " case un CES sur un demi poste de secrétaire… Les services centraux, les UFR sont friands de ce type de main d'œuvre qui ne coûte pas cher. En outre, ces personnels sont abusés : on leur fait croire qu'il peut y avoir une continuité dans l'emploi, un renouvellement, une embauche, si l'administration est satisfaite d'eux. C'est faux à 95 %. Ces emplois nous font honte, car ils sont mensonges et exploitation.
On entend dire de ci de là : " c'est mieux que rien ". Pour un peu le ministre de l'Education nationale, les directions de facs feraient l'aumône ; on créerait ces CES par pitié ; qui peut honnêtement croire à cette blague ? Outre remplacer le personnel permanent, les CES ont pour but de rendre le personnel corvéable à merci (trois mois ici, trois mois là, dans des travaux qui n'ont rien à voir les uns avec les autres, qui ose râler ? On vous fait une fleur en vous embauchant !), soumis, prêt à tout, polyvalent dans le pire sens du mot ; et encore ? Les CES précipitent la destruction de la Sécurité sociale par l'absence de charges patronales, donc privent le salarié de la majeure partie des droits de la prévoyance. Les CES constituent les emplois modernes dont le système d'entreprise rêve, ainsi que l'administration d'Etat. Et si par hasard (ce hasard est fréquent) un ou une de nos collègues CES est étranger, par exemple avec une carte de travail de 10 ans, renouvelable non automatiquement aujourd'hui et à condition, par exemple, que l'emploi occupé soit relativement stable ; que se passe-t-il ? Chers collègues, avez-vous pensé à ce qui peut se passer dans ce cas ? Oserez-vous y réfléchir ?
Pour toutes ces raisons et pour celle-là, il serait très important de constituer un Comité de défense des collègues en CES et des collègues en situation précaire, sur la fac, soutenu par les personnels titulaires, administratifs et enseignants. C'est la raison pour laquelle, tous les personnels sont invités à venir se réunir, à titre personnel ou syndical, personnels titulaires, personnels hors statut (dont le cas se discute actuellement avec les syndicats), personnels précaires et CES. Ce Comité pourrait se donner comme objectif de demander aux autorités (petites ou grandes) de transformer dans les plus brefs délais les emplois CES en emplois à temps plein et renouvelables, d'exiger des postes du ministère (quelles sont les directions qui demandent des postes, argumentent, sont prêtes à des conférences de presse, font des dossiers ? ?), et de cesser l'embauche des CES. Tant qu'il en est encore temps, il nous faut faire ce minimum. Ignorer cette situation, c'est l'accréditer, la justifier. Qui fait son beurre de cette grande détresse sociale qui s'installe ? Est-il même un intellectuel pour l'ignorer ? Si nous n'empêchons pas la dérive des emplois, alors tout peut nous arriver, entre autre le pire. La " bête immonde " se nourrit de la misère. Les titulaires ont un rôle tout particulier à jouer dans cette affaire .
Les CES font partie de l'arsenal des politiques de déflation mises en œuvre depuis 1979-80 : c'est l'organisation du chômage, de la flexibilité, de l'exclusion, de la société à plusieurs vitesses, de la xénophobie. Nous ne sommes pas inexpérimentés face à ces politiques. Il nous faut à un moment donné dire NON. Keynes disait non à ces politiques, avec véhémence, en 1925 contre Churchill, lui qui n'était ni socialiste, encore moins " révolutionnaire ".
Si l'on doit se souhaiter une bonne année, souhaitons qu'elle soit une année de résistance aux maux qui nous guettent.

NB : Selon les Données sociales il existe 246 000 CES en 1995, soit 123 000 emplois à temps plein qui échappent aux cotisations patronales. Pour un salaire net au SMIC, il y a environ 3 500 Frs de cotisations patronales. Ceci signifie un manque à gagner de 5,1 milliards de Frs pour la Sécurité sociale en seules cotisations patronales en 1995 du fait des CES. En 1990, le manque était déjà de 2,9 milliards ; en 1991 de 2,8 ; en 1992 de 3,3 ; en 1993 de 4,5 ; en 1994 de 4,6. Au total sur 6 ans : -18,2 milliards pour la Sécu, sans compter les autres manques à gagner. Vrai ou faux ?
Pourquoi des CES (Contrats Emplois Solidarité) et des CEC (Contrats Emplois Consolidés) ? Ces nouveaux types d'emplois, dans le secteur public et le secteur associatif, ont très certainement pour objet d'habituer une partie encore marginale de la population, pour l'instant, à la quasi absence de prévoyance sociale, comme on le verra ci-dessous, avec des exemples chiffrés. L'équivalent dans le privé est le travail au noir. On remarquera la grande indulgence du Parlement (Le Monde du 16/01/1997) dans un projet concernant les entreprises qui se livrent à l'embauche des clandestins… Les clandestins étrangers, bien sûr, sont refoulés en charter. En effet, les Français doivent s'habituer au travail au noir.
La prévoyance sociale doit ainsi devenir un privilège pour quelques-uns seulement. A ce niveau, le débat sur la fiscalisation ou non de la Sécurité sociale n'a pas d'objet. La vraie question est : combien de nouveaux emplois sans prévoyance sociale la France peut créer pour faire chuter durablement et en ampleur la masse salariale. C'est une question qui intéresse tout le monde.
Quelques exemples de masse salariale en Francs…
Revenu brut (1) Cotisations salariales (2) Revenu net (3)=(1-2) Cotisations patronales (4) Charges totales (5)=(2+4) Masse salariale totale (6) Agent technique titulaire 7174,25 1427,41 5746,84 3670,05 72 % de (5) 5097,46 47 % de (6) 10844,30 Agent contractuel 5491,53 1013,47 4478,06 2368,19 70 % de (5) 3391,66 43 % de (6) 7859,72 CEC 4750,80 995,54 3755,26 248,47 19,9 % de (5) 1244,01 24,8 % de (6) 4999,27 CES à temps partiel 3298,17 534,47 2763,70 0 534,47 16 % de (6) 3298,17
Deux CES donnent un revenu net de 5527,40 frs (200 frs de différence avec un agent technique titulaire). En masse salariale la différence est de 4248 frs. On comprend tout l'intérêt d'embaucher deux CES au lieu d'un agent technique, outre le fait que le CES est fait pour être soumis ! Attention les titulaires ! !…
Prochaine Assemblée Générale du Comité des universités : jeudi 13 mars 97 à 12H00, Amphi 6 de l'université Pierre Mendès-France.

Pour le Comité des universités contre la précarité