Mais que se passe-t-il
donc, qu'il y ait comme une paralysie à ne pas pouvoir se parler, s'écouter,
s'entendre ?
Expulsion du mouvement des chômeurs par les forces de police de l'ASSEDIC,
de la trésorerie, de l'Hôtel de ville de Grenoble, de la place
de Verdun.
Face au mouvement des chômeurs, expulsion, toujours expulsion : bourse
du travail où on a daigné nous laisser un coin de hall. Là
depuis quelques jours, scotchées au sol, des affichettes manuscrites
" attention n'écrasez pas les chômeurs ! " Depuis,
on entend sonner les pièces de monnaie un peu plus souvent dans la
boite à sous.
L'attitude des institutions
Les institutionnels qui se targuent "d'être sur le terrain ",
sont très souvent en réunion et de ce fait complètement
coupé du mouvement des pauvres. Lisez un article, un tract : vous trouverez
répéter le racisme, le FN, pratiquement jamais l'inégalité
grandissante, la corruption.
C'est une non-approche par l'histoire qui indique bien qu'à chaque
fois que dans le monde le nombre de pauvres grandit, le mouvement fasciste
désigne d'autres pauvres comme responsable : 1895, Port Saint Louis
du Rhône, trente ouvriers italiens sont tués à coups de
bâton.
La méconnaissance de la vie actuelle des pauvres est ahurissante. Passages
répétés des huissiers. Passage devant une commission
: " Qu'avez-vous fait de 2300 francs par mois ? ". Humiliant. Des
séparations dues à des conditions de vie épouvantable.
Pour les plus pauvres la République a de plus en plus de peine à
honorer ses promesses d'égalité, de fraternité. Pour
un nombre de plus en plus grand de personne : la liberté est devenue
la fléxibilité-servilité, l'égalité est
devenue la compétitivité, la fraternité est devenue la
concurrence de tous contre tous.
Le paroxysme de la concurrence
En mars 1998, rivalité entre deux cadres pour une place. L'un deux
proposent de l'argent à son concurrent qui refuse. Devant son refus,
il le tue.
On a fait accepter que celui qui a du travail est un gagnant.
Pas question de fraternité. Certains n'ont pas encore saisi la mutation
actuelle qui veut que l'on produise toujours plus avec de moins en moins de
monde.
" Il faut briser les principes qui conduisent à la construction
d'un sous-prolétariat en partageant les richesses "(Bernard Rodestein,
président de l'Entraide protestante ).
Le temps
Mais pour appréhender l'existence du nombre grandissant de pauvres
il faut prendre du temps, le temps. De plus en plus d'organismes multiplient
colloques, rencontres où ils parlent " d'eux sans eux ".
Une catégorie
est née
Dans la bureaucratie de la misère ( ASSEDIC, CAF, ANPE ), les chômeurs,
les précaires ne sont pas représentés ce qui rend leur
vie intenable. D'où le début d'une révolte qui s'inscrit
dans la durée. Comment les Verts prendront-ils en considération
ce fait nouveau ? Il y a tant de thèmes qui sont les nôtres dans
ce mouvement, partage des richesses, des revenus, suppression des gaspillages,
revenu universel d'existence, réduction massive et rapide du temps
de travail, parité, démocratie directe, autonomie et responsabilité
des individus et des groupes, coordination sans modèle vertical.
A Gières, Pont de Claix, Voiron, Bourgoin-Jallieu, La Tour du Pin,
Villefontaine, La Côte Saint André, le Vercors surgit une dynamique,
comme caractéristique déterminante : la volonté farouche
d'indépendance. Beaucoup d'organisations vivent très mal d'être
reconnues seulement par une minorité de citoyens. Parce que les valeurs
ont disparu. Parce qu'elles fonctionnent d'une façon non collective
pour les décisions, pour les actions.
Or c'est formidable que des citoyens réalisent qu'ils sont capables
de se déterminer eux-mêmes dans un monde de lutte qui ne se réduit
pas à des catégories mais à l'ensemble d'un pays, du
monde.
La richesse du mouvement
des chômeurs
Une explosion de vie, de femmes, de jeunes qui apprennent à parler,
à réagir, à comprendre les mécanismes de fonctionnement
parfois étrange des organisations, des institutions. Refusant d'entrer
dans le moule d'habitude souvent négative de délégation
de pouvoir. Chaque jour des délégués sont élus
mais ils ne doivent rien décider lorsqu'ils rencontrent des organismes,.ASSEDIC,
mairies, conseil général. Ils doivent avoir l'avis de l'assemblée
générale. Bien sûr, cela a mis du sable dans les dents
à ceux qui jusqu'alors croyaient " les représenter ".
Un souffle vivant, dynamique, joyeux dans les occupations, Crédit Lyonnais,
mairie, conseil général. Parfois on dormait sur place, on réalisait
des repas formidable qui ont permis de briser l'isolement des mères
de famille, d'adultes, de jeunes. Oui, il y a une autre manière de
vivre que l'individualisme. D'échapper au dépeçage individuel
vécu dans certains organismes. Oui, il y a une manière collective
de réaliser notre besoin tout simple de vivre. Le mépris, l'isolement,
nous les avons transformés en joie de vivre ensemble.