Le
mouvement des chômeurs ne finit pas de déranger. Qu'ils s'installent
dans une ASSEDIC, dans une mairie ou dans des locaux du conseil régional,
qu'ils se rassemblent à l'union patronale, au Trésor Public,
ou dans une ANPE, les chômeurs sont toujours invités à
quitter les lieux. Leur évacuation de la place de la préfecture
démontre que c'est la présence même des chômeurs
qui dérange. Jusqu'alors il avait toujours été dit aux
chômeurs que leur occupation nuisait au bon déroulement du service.
Pourtant les occupations se sont toujours faites dans le plus grand respect
pour le lieu d'occupation et pour les salariés. Cette fois on peut
se demander pourquoi l'occupation de la place de Verdun nécessitait
une évacuation supplémentaire. Y avait-il gêne pour un
service public ou privé quelconque ? Y avait-il un trouble à
l'ordre public ?
Ce qui dérange certainement, c'est que les chômeurs refusent
aujourd'hui de se cacher, de s'enfermer dans un isolement culpabilisateur
sans perspective d'avenir. La seule vue des chômeurs rassemblés
dérange en particulier les élus qui n'ont aucune réponse
politique à donner face à l'augmentation des inégalités.
Les chômeurs font peur aujourd'hui comme les gueux hier. On ne les chasse
plus à coup de pierre, mais pourtant la répression continue,
on les chasse des places publiques, comme on chasse les sans-domiciles des
centres villes ou des sites touristiques.
Les chômeurs ont souhaité s'engager dans la lutte contre le chômage.
Collectivement ils ont rédigé des revendications, ils ont fait
des propositions. Ils demandent à rencontrer les élus, ils vont
au devant des salariés dans les entreprises, ils travaillent avec les
syndicats et les associations, ils interpellent la population avec des pétitions,
des tracts. Quel bel exemple de citoyenneté. Voilà une piste
intéressante pour permettre aux citoyens de se réapproprier
le débat politique. Nous avons à la direction du pays et à
la direction de la ville de Grenoble un parti de gauche. Quelle crédibilité
lui accorder quand il continue, non seulement à cautionner une politique
de droite, mais à réprimer les mouvements sociaux. Le front
national ne s'en plaindra certainement pas.
Il reste que les organisations syndicales doivent être à la hauteur
et servir de tremplin au mouvement social. Elles gagneront leur légitimité
dans les luttes contre le libéralisme et les inégalités.
L'action syndicale doit favoriser le rapport de force et l'expression de tous
les travailleurs qu'ils aient un emploi ou pas. Pour le syndicat SUD, il est
temps que l'action syndicale reprenne l'offensive. Dans le département,
des actions unitaires ont pu être menées sur le terrain de l'anti
fascisme et sur le chômage. Il faut aller encore plus loin et s'engager
sur le terrain de l'emploi. Les opportunités ne manquent pas avec la
loi sur les 35 heures, la précarité, les licenciements. Jusqu'alors
la CFDT en Isère a refusé de s'engager dans le collectif d'appel
des Isérois pour les droits d'existence, mais les choses peuvent encore
changer. La secrétaire générale de la CFDT parle même
de révolution. Avec elle, nous pourrions avancer très concrètement
sur les problèmes des ASSEDIC dont elle a la présidence.
Une rencontre pourrait être organisée dans le département
entre toutes les organisations syndicales et les associations de chômeurs
pour préparer une manifestation très massive afin que la loi
sur les 35h s'accompagne d'embauches équivalentes. Cette manifestation
pourrait rassembler les chômeurs et les salariés, en particulier
ceux dont les entreprises sont menacées de fermeture ou de licenciements.
Un travail d'information sur des propositions concrètes concernant
tout le bassin d'emploi pourrait être préparé en direction
de la population et des élus avec proposition au préfet de réunir
une table ronde associant tous les intéressés.
La situation est grave, elle nécessite une réaction massive
et déterminée. Les syndicats doivent se donner les moyens de
la réussir. Avec les chômeurs, avec les salariés reprenons
l'offensive !!!