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sommaire du numéro spécial 1er mai 1998

Le FN est au libéralisme ce que le furoncle est au staphylocoque,
un symptôme purulent.

Les résultats des élections régionales ont clairement démontré la capacité de nuisance du FN sur les institutions démocratiques. Nuisance rendue d'autant plus possible que l'ensemble des appareils politiques ont largement témoigné de leur défaillance ces deux dernières décennies.

La facilité avec laquelle certains élus de droite ont signé des accords avec le FN tend à démontrer que la stratégie d'alliance était déjà largement envisagée par certains sinon déjà engagée par les autres. Plus largement encore, la droite, même celle qui refuse les alliances, n'a jamais clairement mis en évidence son opposition aux thèses de l'extrême droite. Faut-il rappeler les dérapages verbaux de l'actuel président de la République à propos du bruit et de l'odeur des étrangers avant qu'il ne condamne pour des raisons électorales ce "parti xénophobe et raciste" ? Faut-il rappeler les politiques sécuritaires des Pacqua Debré et consort à chaque fois qu'ils ont été au gouvernement ? Faut-il rappeler l'église St-Bernard et sa dimension symbolique désastreuse ?

Et les socialistes que l'on voit aujourd'hui tenter de se présenter comme les fers de lance de la lutte antifasciste, n'ont malheureusement pas su se montrer plus efficaces dans leur opposition au FN. Bien sur il n'est pas question de supposer un seul instant qu'ils puissent avoir une quelconque valeur commune avec les fascistes du FN. Mais il nous faut bien reconnaître qu'ils ont tenté de se servir du FN comme d'un repoussoir électoral et que l'existence du parti de J.-M. Le pen constituait bien pour eux un élément stratégique susceptible de poser de sérieux problèmes à la droite. Et bien c'est chose faite, la droite a explosé et nous voilà nous citoyens en face d'une extrême droite qui a une réelle intention de conquérir le pouvoir.

Toutefois ce serait une erreur de perspective de croire que le FN ne progresse que pour des raisons de stratégies politiciennes foireuses. Les raisons sont beaucoup plus profondes. La décrédibilisation des personnels politiques à la suite des nombreuses affaires financières contribue certainement à développer l'abstention et le rejet des partis politiques traditionnels. Mais surtout le FN se développe sur la crise économique, la pauvreté, l'exclusion croissante qui touche de plus en plus de gens dans le pays. Cette crise sociale est directement la conséquence des choix libéraux qui sont mis en œuvre dans nos économies.

Et c'est en cela principalement que les socialistes ont une responsabilité importante. En effet, malgré leurs discours à coloration humaniste, leur absence de volonté pour combattre les inégalités, leur orientation de type "libéralisme social" laissent le champ libre aux idéologies d'extrême droite. Or, seule une véritable politique sociale et anti-libérale serait à même de renvoyer le FN dans les zones glauques d'où il n'aurait jamais du ressortir.
Mais pour cela, Il faudrait d'autres déterminations politiques. Inverser les priorités, ne pas renoncer devant le patronat et l'ensemble des pressions des acteurs du libéralisme sur le projet de loi de réduction du temps de travail. Ne pas sacrifier les services publics sur l'autel d'une prétendue modernité. Ne pas préférer les grands financiers aux chômeurs. Ne pas privilégier les chiffres par rapport à l'humain.

Mais preuve est faite aujourd'hui qu'il est impossible de compter sur les personnels politiques pour affronter les intérêts des puissances financières, leur renoncement est un fait. Seul, les citoyens, les associations et les syndicats sont à même maintenant de s'opposer à ces politiques libérales. Seul, un mouvement social fort et déterminé peut inverser les orientations économiques actuelles. Partout où cela est possible, nous devons mettre en œuvre une véritable pression sociale pour nous faire entendre. Il faut aujourd'hui chacun à notre niveau, engagé la lutte, tous ensemble, en espérant que dans toutes l'Europe, d'autres citoyens, comme nous, engagent eux aussi la lutte.

Berty