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sommaire du numéro spécial 1er mai 1998

Soyons exigeants vis-à-vis de nous mêmes !

Le 20 mars Charles Millon et la grande majorité des conseillers régionaux de droite ont pris une responsabilité très grave en acceptant les voix du front national. Nouvel épisode particulièrement inquiétant pour la suite, le vote FN qui a permis au budget de la région d'être voté lundi 20 avril. Un mois pendant lequel le Conseil régional a vécu sous l'arbitrage de Gollnish et du front national ; c'est intolérable. Pour nous cette assemblée est illégitime. Millon s'est présenté avec une certaine image de refus de tout compromis avec le FN et a fait le contraire le lendemain même des élections, escroquant moralement une grande partie de son propre électorat. Pour garder une place politique, Millon fait ainsi le jeu de ce dont a toujours rêvé le front national : casser la droite pour qu'une partie le rejoigne dans ses propres rangs ou s'allie avec lui jusqu'à la prise de pouvoir. Fait tristement remarquable : Bien peu d'élu(e)s de droite se sont opposés dès le départ à ces manœuvres. Cela n'est pas sans rappeler 1940... Le vote FN n'est pas seulement technique. Charles Millon en aura besoin pour tous les votes au Conseil régional. Par cette compromission, par cette collaboration, il présente le FN comme un parti partageant les valeurs fondatrices de notre République. Avec ses amis, il feint d'oublier les déclarations scandaleuses, xénophobes, antisociales, haineuses notamment vis-à-vis des jeunes et de la culture et les votes des élus FN pendant la précédente assemblée. L'année dernière, le FN régional présentait plusieurs amendements. Ainsi il demandait de "Ramener la ligne "logement des plus démunis" de 20 MF à 5 MF, soit une économie de 15 MF" (amendement 120 du FN). Et aussi, "Ramener la ligne "développement culturel en milieu rural et politique de la ville" de 2 à 1 MF, soit une économie de 1 MF" (amendement 115) et de "Ramener la ligne "soutien aux filières culturelles" de 38 MF à 31 MF, soit une économie de 7 MF" (amendement 116)... C'est de cette empreinte que le front national veut définitivement marquer notre région. Et ce sont ces mêmes amendements, légèrement modifiés lors du vote du budget 98 il y a quelques jours - budget qu'il avait refusé de voter en décembre dernier et qu'il soutient aujourd'hui -, que les élus FN ont proposé à Millon. Amendements qu'ils ont finalement mis de côté pour, une nouvelle fois, prendre le président de la Région en otage.

Pour en revenir aux élections régionales, rappelons que dans l'Isère par exemple, le FN a fait 7,7 % des inscrits dans la Metro (agglomération grenobloise) et 10 % dans le reste du département. Le fort pourcentage du FN ne tenant qu'à l'abstention ou au bulletin nul d'un électeur sur deux. Ce très fort taux d'abstention est dû à l'absence de choix clairs que la population pouvait attendre de l'essentiel des partis pour résoudre, à l'échelle de la région, les problèmes liés au chômage, à la précarité et à la formation. Pour combattre le front national, et surtout pour combattre ses idées qui le débordent de plus en plus, chacun est aujourd'hui responsable à son niveau. C'est en effet tous ensemble que nous pourrons faire barrage à l'installation d'un parti fasciste dans la vie politique française en répondant concrètement aux questions posées quotidiennement au travers des actions des chômeurs, des jeunes, des salariés... Il n'est plus temps de tergiverser. Le front national est au pouvoir. L'appel des 250 à l'initiative de la création de Ras l'front il y a six ans est aujourd'hui plus que jamais d'actualité Le temps de la contre-offensive est venu. Soyons exigeants vis-à-vis des élus, des partis et de nous-mêmes, pour que les gens se mêlent de la vie sociale et politique, pour qu'on en finisse avec l'indifférence des citoyens ; pour briser l'influence du front national.

Ras l'front Isère,
CRIE-BP 435,
38018 Grenoble cedex