La situation politique et sociale du pays ne manque pas de contradictions. Alors que depuis quelques années les mouvements sociaux se développent (grèves et manifestations de décembre 95, lutte des chômeurs, mouvement des sans-papiers...), le débat politique ne sensibilise pas la population. Les dernières élections ont été marquées par un nombre énorme d'abstentionnistes et de votes blancs. Alors que les mouvements de protestation dénoncent de plus en plus les inégalités, la priorité est donnée à une politique économique faisant la part belle aux mouvements spéculatifs et à une Europe des capitaux.
Le Président de la République (de droite) est élu après avoir mené une campagne presque à gauche (dénonciation de la fracture sociale et de la pensée unique) mais annonce un reniement complet de ses engagements six mois après avoir été élu. Le gouvernement actuel est composé de diverses sensibilités de gauche mais continue à mener une politique de droite.
Et c'est ainsi que le Front national surfe sur le mécontentement populaire pour diffuser ces discours de haine avec toute la démagogie populiste propre aux fascistes. Il faut certes supprimer le Front national, les accords passés entre une partie de la droite et le FN prouvent qu'il y a urgence. L'infâme Millon et ses amis représentent un danger pour la démocratie, contre eux il faut faire preuve de la plus grande détermination.
Mais il faut surtout supprimer ses idées qui gangrènent tous les partis politiques. Le risque est grand que, côté vitrine, les partis politiques jugent infréquentable Le Pen mais côté cour ils ne manqueront pas de séduire son électorat. Les sans-papiers en sont déjà les premières victimes. Face à l'insécurité de nombreuses personnalités politiques proposent d'augmenter les moyens répressifs (police, double-peine...) pendant que les enseignants de Seine St-Denis réclament depuis plusieurs semaines des effectifs supplémentaires.
En conséquence, pour lutter efficacement contre l'extrême-droite et ses idées, il faut développer le rapport de force pour favoriser des mesures de fond contre les inégalités, l'exclusion et le chômage. Les luttes des chômeurs, des sans-papiers et des enseignants du 93 sont une chance pour un gouvernement de gauche qui peut s'appuyer sur ces luttes contre le CNPF et les libéraux. La combinaison du mouvement social avec une politique de gauche est l'unique moyen de faire céder les pouvoirs financiers.
SUD s'engage totalement au côté des chômeurs, des sans-papiers et de tous ceux qui luttent pour l'égalité et la dignité. La lutte pour l'emploi doit occuper une place majeure dans cette bataille. La loi des 35 heures doit être une réussite. C'est une revendication historique du mouvement ouvrier et du syndicalisme. Un échec d'une loi pour la réduction du temps de travail aurait des conséquences désastreuses pour le mouvement syndical, qui risque de perdre sa crédibilité non seulement sur cette revendication mais aussi sur l'ensemble de toutes les autres.
Pour que les 35 heures soient un succès, elles doivent se faire sans réduction de salaires, sans flexibilité (annualisation, allongement des plages horaires), avec embauches équivalentes, avec obligation d'application immédiate (pas dans deux ans), et doivent concerner tous les travailleurs (les petites et grandes entreprises ainsi que les services publics). Les 35 heures doivent tendre à aller très vite vers les 32 heures hebdomadaires (et moins encore) pour supprimer définitivement le chômage.
Les experts économiques faisaient état d'une potentialité de 1600 000 emplois avec les 35 heures. Les analyses récentes du gouvernement ne font plus état que de 100 000 emplois créés. Ainsi nous sommes passés d'un rapport de 16 à 1 faute de fermeté face au patronat et à son (ses) tueur(s). La loi n'est aujourd'hui pas encore à la hauteur de l'enjeu. Les organisations syndicales doivent s'engager avec plus de détermination pour favoriser une journée d'action nationale et unitaire pour les 35 heures. Le moment est venu de peser sur une mesure historique pour l'avenir. L'unité des chômeurs et des salariés est possible et souhaitable. Tous ensemble nous pouvons gagner.